mercredi 16 novembre 2016

COURBES DE LUMIERE

Adam Martinakis



Advenir à cette lumière
Qui te dit en courbes,
A ce silence qui te sculpte de ses ailes
Et réveille pour ton regard
Tant d’ouragans de sèves !

Advenir à cette lumière
Le fruit qui t’appelle
T’a reconnue !
Il t’offre la mémoire ivre
De ses germinations
Et les caresses du vent,
Du soleil et de son lait,
De la lune et de son sang !
Ecoute son rêve qui te réveille.
Est-ce pour lui
Que tu te fais,
Dans ta fièvre, rose ?


© Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs"


samedi 12 novembre 2016

LES AILES D'ASLI

Aslı Erdoğan

 pour la libération immédiate de la romancière Aslı Erdoğan

Les mains des hautes lumières
T’ont déjà sculpté un nid
Pour tes justes envols !

Aux syllabes chantant
Les chauds rivages
Des résistants soleils
Tes pas crient l’envergure des vrais
Qui refusent les linceuls
Des basses traîtresses allégeances !
Tu sauras toujours pulvériser
Les barreaux des faux
Pour soulever à jamais
Des creux des détresses
Les tempêtes de fleurs
Dont le feu refuse toute laisse !

© Mokhtar El Amraoui
Le 12/11/2016

jeudi 3 novembre 2016

Au revoir, l'Artiste!

Oleg Popov, Doyen des Clowns, parti aujourd'hui, le3/11/2016, à 86 ans.


Dis, Popov, c’est juste pour rire,
N’est-ce pas,
Que tu as décidé de partir ?
Je vois que tu as ajouté des ailes
A ton beau costume de rigolo!
Tu as juste un spectacle là-haut,
N’est-ce pas ? C’est ça ?
Alors, au revoir, à ce soir !
C’est parce que les enfants
Que tu as su faire de nous,
Font la moue, mon grand,
Ils refusent de te voir mourir !
En nos cœurs, tu ne cesseras jamais de vivre
Et pour toujours, sublime clown, tu continueras
A nous faire mourir de rire !



© Mokhtar El Amraoui
Le 3/11/2016

mardi 1 novembre 2016

Co-errance

Photographie tirée du Net


Co-errance vers nulle part,
Loin des extases ensevelies.
Avec pour théorie
Cette mèche de barde épileptique
Qui se mure,
Dans les miroirs gris de l’absence.
Ma théorie
C’est tes seins, aquagenèse du râle debout.
Ma théorie
La rencontre de nos absences,
Dans les cerceaux enflammés
De nos rites de mésanges.
Ma théorie
C’est ta pratique
Dans tes printemps de coquelicot.
Je bouge mes glacis, mes ténèbres
Et tue mes ombres pendues
Dans les caveaux de leurs pendules imbéciles !
Ma théorie
C’est ta pratique,
Quand tu recouvres tes aspérités
De rose et d’ouragan,
C’est tes cheveux bourrés d’astres
Jusqu’à l’étouffement,
Jusqu’à l’accouchement.
C’est tes prairies galopantes,
C’est ta soif qui s’allume,
Réverbères ivres
Dans les rues de ma perte,
Dispersions,
Hémorragies
Dans l’extériorité de tes aspérités oméga,
Enfants redessinant les tapis de leurs vengeances,
Symphonie du délire montant,
Syllabes de comètes échevelées,
Errance de bardes,
Co-errance d’Achiqs* aux mèches crépusculaires.


*Amoureux, en arabe

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"



lundi 17 octobre 2016

L'oiseau crucifié


Pablo Picasso



Ils éteignirent les dernières bougies
Et écoutèrent
Se dire la lune.
Elle voulut leur apprendre
L’éclosion d’une lumière,
Le chant en retour de dunes ensanglantées
Et le cri luisant d’un oiseau crucifié,
Dans les distances des pas nocturnes
Que dévorent les jours,
En haillons de nuits.


©Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

jeudi 13 octobre 2016

PASTORALE






Maurice Hagemans


Aux piaillements des premières lueurs,
Une seule phrase s’entortille,
Autour du bâton pèlerin,
Pour s’emparer de sa peau de sable,
Berger colmaté de rubans de ciel.
Quand il égrène le souffle des étoiles qui roucoulent,
L’oeil se donne aux nuits du monde,
Jusqu’au bonheur d’une larme qui sourit,
Qui fleurit au bout d’un sein tendu
Vers la gloire de la sève
D’une bouche nourrie aux questions.


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

dimanche 9 octobre 2016

Abou El Kacem Chebbi, auguste séraphin!

Abou El Kacem Chebbi, Poète tunisien
( 24 février 1909 - 9 octobre 1934 )

Tu savais les cris
Des souffrances,
En leurs chemins de nuit,
Chants infinis
De cieux avançant
Sang mûr,
Feux sûrs,
Pures roses
De poings flambant
De mots d’aubes roses
Déchirant tout sombre,
Tout injuste silence morose !

Tu savais les étoiles
Dansant en verbes,
En gerbes de foudres
Grondant de vérités écloses !
Tu les leur disais,
Abou El Kacem !
Tu les leur chantais, Chebbi,
Tous ces perfides cracheurs
Ensevelis dans la peur
De leurs lâches oui grégaires
De si lourds et bas larbins
Bien plus proches
De roches qu’humains,
Ne sachant que brouter,
Roter, ramper,
Crotter, lapider !
Ils ne te furent que vil venin
Usant jusqu’à poussière
Leurs serviles genoux
Marchepieds de colonisés fanés
Osant te traiter de fou
Toi qui tutoyais
Les forges du destin !
Mais tu te riais,
Quand eux criaient,
De leur fange
Et boue de gredins !
Toutes ces hordes d’assassins
Voulaient offrir en festin
Le génie de tes tonnants parchemins
A toutes les couronnes
Puantes, pétantes,
Amputantes
De royaux boyaux
Soumis loyaux
A leurs maîtres ès caniveaux
Putrides intestins
Explosant de faux sans âmes,
En faux vociférant de lames,
Rien qu’une lie d’infâmes
Fous et de mesquins
Croyant pouvoir éteindre
Les tonitruantes flammes
D’un peuple qui parvint à étreindre,
Sans peur ni larmes, son destin !
Mais toi, Abou El Kacem,
Fils d’indomptables aigles Chebbi,
Ami des fières palmes,
Compagnon de rêves
Des merveilleuses gazelles ailées,
Tu sus,
En sublime auguste séraphin,
Dire le soleil des aigles qui luit,
Au creux ensanglantés des cris
Qui voulaient, à tout prix,
Abolir, pour toujours,
Tout joug, toute nuit !
Tu pus gravir, épris,
Les cimes lumineuses
Enceintes de merveilleux
Nouveaux matins
Explosant en majestueuses
Douces et furieuses
Mélodies, tes indomptables chants de vie
A jamais acclamés,
A jamais déclamés,
Par le destin !

© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"