vendredi 25 mai 2018

Ballet épistolaire

Photographie de Laura Makabresku


Le papillon, là-bas, au loin,
brille d’un dernier rire parfumé.

Ruissellement diamantin de souffles multicolores.
Bal et épi solaire.
L’or à grains se lève,
Dans les aguets d’airain du semeur.
Et le champ meuglant
Ponctue, de son parfum,
Le crépuscule poussant le soleil
Vers l’étable des cieux
Qui moulent le grain des mers .
Ah ! cette farine moussant l’escalator des vagues,
Quand les poissons,
Tels des coquelicots,
Aux vents de mai, offrent leurs tiges d’écailles
Aux caprices d’une sirène ennuyée !

©Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 22 mai 2018

Albatrocités

Tableau de Mia Pearlman

Les pages des vagues
Se refermeront sur le ciel de nos attentes.
La mouette, dans son désarroi,
Guette la naissance des seins
Qui brillent au vent.
Un jardin, de ses chants, promet tant de vertes lunes.
Comme ces marches luisantes
Ressemblent aux crocs du temps !

©Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 8 mai 2018

Suc sorcier

Tableau de Matteo Arfanotti
Si tu étais un arbre, ma bien-aimée, 
Tes hautes branches couvriraient le monde entier ! 
Tu aurais, en couronne, des myriades d’oiseaux égayés,
La rougeur timide qui enflamme le pommier,
Le velours printanier du jeune prunier,
Les yeux rêveurs du farouche amandier,
Les siècles de lutte du vaillant olivier,
Les palmes dansantes du généreux palmier
Qui montrerait à ses dattes comment voler
Vers ta bouche et la désaltérer de leur suc sorcier !
Tous les vergers s’égosilleraient, de toutes leurs allées !
Tous en choeur, ils crieraient, pour t’appeler :
« Viens donc nous éclairer ! »
Si tu étais un arbre, ma bien-aimée,
Tu offrirais tes doux rameaux altiers,
Aux étoiles, aux marcheurs fatigués
Et aux amoureux intrépides enlacés,
Pour, enfin, quiets, s’y reposer !
Si tu étais un arbre, tu serais le premier et le dernier!
Au plus profond de mon coeur, je te planterais
Pour t’avoir à jamais, pour ne plus nous quitter !

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"













mardi 1 mai 2018

Renaître

Que chantent tous les cieux 
Leurs feux de danses,
Transes de nos renaîtres 
Aux bains de voluptueuses fragrances !
Laissons germer,
En douces lèvres,
Nouvelles mélodies,
Nos mots assoiffés de vie,
Nos ascensions en caresses
Vêtues d’étoiles,
Pour chasser, de leur rire floral,
L’obscure détresse,
Pour ouvrir les nouvelles pages
De nos jardins criant,
Au creux de nos cœurs,
Les grains rêvant
De sillons d’amour
Invitant, dans leurs profondeurs,
L’éclosion des lumières
D’un possible bonheur !

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

samedi 28 avril 2018

ENCORE ET TOUJOURS L'AMOUR!

Contre vos cyniques armes
De barbares sourds à la vie
Sourds à l’amour,
Encore et toujours
Notre seule arme, l’amour !
Pour épique réponse
Contre vous,
Semeurs de mort,
Nos mains s’aimeront encore !
Et demain,
En un sublime élan,
De nouveaux semeurs
Offriront, à leur tour,
Aux infinis champs
Riant de chauds labours,
Les graines des plus belles amours !
Nos larmes ne seront plus jamais pleurs
Mais scintillantes fleurs
Embellissant nos demeures,
Parfumant nos deuils
Qui se feront seuils
De rencontres et nids promis
Pour les promeneurs endormis
Réveillés en chœurs
Par nos terres
Et douces mers de caresses,
Loin de toute amère détresse !
Contre vous,
Barbares sans cœurs,
Se dresseront sans peur
Nos coeurs explosant
De liberté, de fraternité,
Pour oublier, à jamais,
Tous nos malheurs,
Toutes nos douleurs,
Dans un éternel chant
D’amour et de paix!
© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

jeudi 19 avril 2018

CIEL EN LAMBEAUX

Tableau de John Constable
Le clapotis des vagues bat les cartes effritées.
Les rames nerveuses découvrent
Le rire désargenté des écailles explosées
Et le jasmin rouillé d’une dernière soirée
Sans parfums ni lendemains.
Le chat édenté ne peut plus miauler.
Il pose ses pattes sur chaque rive du canal,
Pour avoir, des pêcheurs,
Quelques têtes de sardines éméchées.
Une ombre chancelante jette toute grondante
Comme une lune fracassée contre le phare vert
La bouteille d’alcool à brûler en plastique,
A flamber les veines pisseuses
D’un vieux soleil fou fatigué
Qui s’étrangle
Dans les tourbillons nerveux
Des cordes d’un oud fané
Qu’on asphyxie
Comme une grenade pourrie,
Tête ensanglantée
Qui vomit toutes ces promesses non tenues !
Les griffes noires du ciel en lambeaux
Ecrivent sur les remparts
Les cris bouffés par le sel de la morte lune !
© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs »

dimanche 8 avril 2018

LE LIVRE

Illustration du net
Qu'il soit celui des morts
Ou celui des vivants,
Le livre t'ouvre ses immenses ailes au firmament!
Il t'invite au voyage,
De port en port,
De page en plage,
De plage en page,
De ville en village,
De visages en paysages
Et ne te laisse jamais livré à ton triste sort!
Il a tellement de secrets à te confier, avant ta mort,
Qu'il te rendra, pour l'accepter, bien plus fort!
C'est dans l'océan de ses mots
Qu'il te convie à renouveler ta peau,
A surmonter tes peines et tes maux,
A alléger tous tes fardeaux!
Dense, le livre te fait frémir,
Danser, pleurer et rire.
De l'Homme, il te révèle le meilleur, tout comme le pire,
Ce qui l'égaie et ce qui le fait souffrir!
Si tu veux, tout cela, découvrir,
Je te conseille, ami(e), de lire!

© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs »