dimanche 17 juin 2018

Mer-Mère

Ecumes, lait de mer! 
Mer-Mère!
Qu'elle allaite nos rêves et nos voyages! 
Qu'elle nous prenne,
Poissons ailés de nos souvenirs,
De nos belles errances,
De nos transes confondues,
Dans les tourbillons de nos danses,
Sur la fièvre des vagues qui nous enfantent,
Dans nos migrations.
Qu'elle nous apprenne à nous raconter,
A nous rencontrer,
A nous prendre,
A nous surprendre,
A nous suspendre
Dans les profondeurs de nos rêves
Qui nous disent toutes ces houles
Qui nous bercent
Et toutes ces îles qui nous dansent
Jusqu'aux rivages des étoiles lactées
Qui s'allument d'un feu premier nourricier.
Qu'il enflamme nos âmes
En lames d'espérances!
© Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs"
Photographie du Net
Vidéo où je lis mon poème "Mer-Mère"

jeudi 7 juin 2018

Rayons de feu

Tableau de Jean Cuillerat


Soleil,
Toi qui te noies chaque jour
Et réveilles inlassablement mon ombre,
Sur les marches des heures,
Ton silence de feu
M’habille d’une chaude nudité
Assoiffée d’écumes et d’algues abyssales.
Tu couronnes la colombe bleue,
Ma muse, qui a détrôné l’oubli !
Mes mains tournesols
Lui tressent une mémoire inca
Où baigne, pour elle, le vent des flûtes
Qu’appelle le roucoulement des fleuves
Chantant leurs chaudes mélodies.

©Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

samedi 2 juin 2018

Paysage

Gravure de Hans Hartung


Putride fiente de pigeons-corbeaux
Comme des mots de radio
Comme des chansons matinales soporifiques
Glaire d’espoir au temps des glaives atomiques
Lymphe carbonique d’appels phtisiques
Partouzes de nymphes et de restes d’éphèbes assassins
Flétris  bourrés de protéines vaches !

Les os calcinés des nuages vomissent les rayons carnivores
Des rendez-vous rapiécés dans les labos de survie
De systoles diastoles plates des poubelles saturées
D’azurs glacés dans les barbelés des mensonges planifiés !

©Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

dimanche 27 mai 2018

MÈRE ! MÈRE ! MÈRE !

Bonne fête, admirables inoubliables Mères!

Tableau de Stephen Cefalo
A chaque berceuse de la mère,
Renaissent toutes les étoiles.
A chacun de ses baisers,
Rient les lèvres parfumées
De toutes les splendides nouvelles fleurs.
A chacun de ses soucis,
De ses soupirs de peur,
Face à la fièvre de son enfant
Inquiet en pleurs,
S’ouvrent tous les murs,
Tremblent les cierges fleurissant
D’un retour de lueurs sûres !
Elles accourent, radieuses lumières,
Répondant, heureuses et belles,
A leur source qui les appelle :
Mère ! Mère! Mère !
Elles lui promettent
De ne plus jamais la quitter
Et, loin du noir froid défait,
Se relève, flamboyant, l’enfant,
Dans les bras en fête de sa chère maman !
Bat le cœur d’un nouveau printemps,
Dans le ciel d’un sein infini de joie,
La chance est là, grâce à elle, encore une fois!
Elle se déploie, couronne fleurie de ses caresses !
Le malheur, de ses détresses,
Ne peut vaincre sa douce cuirasse d’amour.
Chaque nuit, chaque jour,
De toute sa vigilante tendresse,
Elle protège, inlassable lionne,
Son précieux fruit adoré
Qui, sans cesse, rayonne
En ses profondeurs dorées,
Depuis le berceau,
Jusqu’aux lourds soirs
Des trébuchants vieux rameaux !
Elle lui interdit de perdre espoir,
Refusant d’écouter l’horrible heure
Qui, implacable, hélas,
Sonnera, un jour, son départ
Laissant -quel malheur!-
Un horrible gouffre à sa place !
L’inconsolable enfant, à tout âge, toujours
Versera ses larmes amères,
Criera : Mère ! Mère ! Mère !
Rêvant à chaque instant de son retour !
© Mokhtar El Amraoui, le 27 mai 2018, in « Nouveaux poèmes »

vendredi 25 mai 2018

Ballet épistolaire

Photographie de Laura Makabresku


Le papillon, là-bas, au loin,
brille d’un dernier rire parfumé.

Ruissellement diamantin de souffles multicolores.
Bal et épi solaire.
L’or à grains se lève,
Dans les aguets d’airain du semeur.
Et le champ meuglant
Ponctue, de son parfum,
Le crépuscule poussant le soleil
Vers l’étable des cieux
Qui moulent le grain des mers .
Ah ! cette farine moussant l’escalator des vagues,
Quand les poissons,
Tels des coquelicots,
Aux vents de mai, offrent leurs tiges d’écailles
Aux caprices d’une sirène ennuyée !

©Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 22 mai 2018

Albatrocités

Tableau de Mia Pearlman

Les pages des vagues
Se refermeront sur le ciel de nos attentes.
La mouette, dans son désarroi,
Guette la naissance des seins
Qui brillent au vent.
Un jardin, de ses chants, promet tant de vertes lunes.
Comme ces marches luisantes
Ressemblent aux crocs du temps !

©Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 8 mai 2018

Suc sorcier

Tableau de Matteo Arfanotti
Si tu étais un arbre, ma bien-aimée, 
Tes hautes branches couvriraient le monde entier ! 
Tu aurais, en couronne, des myriades d’oiseaux égayés,
La rougeur timide qui enflamme le pommier,
Le velours printanier du jeune prunier,
Les yeux rêveurs du farouche amandier,
Les siècles de lutte du vaillant olivier,
Les palmes dansantes du généreux palmier
Qui montrerait à ses dattes comment voler
Vers ta bouche et la désaltérer de leur suc sorcier !
Tous les vergers s’égosilleraient, de toutes leurs allées !
Tous en choeur, ils crieraient, pour t’appeler :
« Viens donc nous éclairer ! »
Si tu étais un arbre, ma bien-aimée,
Tu offrirais tes doux rameaux altiers,
Aux étoiles, aux marcheurs fatigués
Et aux amoureux intrépides enlacés,
Pour, enfin, quiets, s’y reposer !
Si tu étais un arbre, tu serais le premier et le dernier!
Au plus profond de mon coeur, je te planterais
Pour t’avoir à jamais, pour ne plus nous quitter !

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"