jeudi 29 novembre 2012

Brigitte Giraud lit Mokhtar El Amraoui

Le blog de Brigitte Giraud

Trois poèmes de Mokhtar El Amraoui par Quani


La roue des coeurs

Au printemps,
Nous referons ensemble
Les sauvages trajets
Des vertes rouilles.
La roue battante
De nos coeurs collés
Grimpera la ferraille
Des rides des rails,
S’arrêtera, étourdie,
Dans le vertige essoufflé
Des coquelicots d’ombres.



Espasmes

Dans l’alchimie de tes songes enflammés,
Des refrains de cigognes
Ravivent les ailes sonores
D’une mémoire qui n’a jamais cessé de voyager.
Des jets de couleurs bruissent,
Au fond d’un choeur qui gémit,
Supplie et se repent.




Phénix

En ce soir de profonde amertume,
A ma muse folle,
Je rallume
Cette oasis qui se consume.



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


mercredi 28 novembre 2012

De la solidarité poétique et artistique en général!

Le blog Poesiemuziketc m'a publié aujourd'hui quatre poèmes. Je tiens à remercier le poète Christophe Bregaint de son ouverture militante pour la cause de la poésie qui se trouve, chaque jour, plus marginalisée. Il y a de plus en plus de poétesses et poètes qui offrent l'espace de leurs blogs et sites à diverses voix poétiques,ce que je ferai dans le mien, conscients que c'est une bonne alternative efficace pouvant pallier la quasi-impossibilité de se faire éditer, en dehors de l'autofinancement. Ce sursaut de conscience collective de survie des poètes à l'échelle planétaire prend de plus en plus d'ampleur. Ce qui est un très bon signe!
Mes propos se trouvent confirmés par l'appel à textes que lance, sur son blog, Christophe Bregaint.
Vive la solidarité poétique!
Je tiens à remercier particulièrement Hélènablue qui me publia plusieurs de mes poèmes et m'offrit, souvent, sa charmante voix (cf. "Le blues du bleu", ici, dans mon blog) , Brigitte Giraud avec sa tendre et émouvante diction, Emmila Gitana , Maggy de Coster tout comme  la cinépoétesse Laure K , le poète et professeur Jalel El Gharbi ( il fut le premier) , Etienne Dayssol de Voxpoesi ,Eric Dubois , Jean-Jacques Dorio ainsi que le sublime trio de PoésieLibreE4!
Je vous souhaite, à vous tous et vos blogs une très longue vie pleine de créativité!

Mokhtar, l'ex- SBF( Sans Blog Fixe)

mardi 27 novembre 2012

Halim Karabibene l'oniréaliste




   
     Halim Karabibene, je l'ai toujours connu peintre dans l'âme. Bien qu'ayant réussi avec brio ses études d'architecture à Paris, il n'a jamais accepté de troquer ses pinceaux contre quoi que ce fût. Et ils le lui ont  bien rendu. Dans les années 70, j'étais l'ami de son frère  avec lequel j'allais jouer des parties de ping-pong dans le jardin de leur féerique villa de la sublime Corniche. Un après-midi estival, je l'ai remarqué, au fond de l'orangeraie, en plein dans une partie d'échecs avec son père feu Hassen Karabibene que j'avais eu comme professeur au lycée. Homme de très grande culture, il était notamment féru de théâtre, ouvert, tolérant et toujours authentique. Halim avait à peine une dizaine d'années. La première des choses qui m'a impressionné, en lui, a été son regard hyper-profond, accueillant, émerveillé mais aussi immensément fuyant , insaisissable comme surchargé de visions. C'est un regard qui picturalise immédiatement l'être vu, dans sa toile, au double sens du mot; il le capture pour le transformer/intégrer dans cet ailleurs halimien que je baptiserai plus tard, au début des années 2000, oniréaliste.
     Il a commencé à peindre à l'âge de sept, huit ans et j'ai eu l'immense bonheur de voir ses premiers tableaux que feue sa mère adorée protégeait fièrement et jalousement. Regard profond et asthme ont  été pour moi les deux signes distinctifs de Halim qui ont fait que je l'ai toujours associé à un trio: le poète tunisien Abou El Kacem Ecchebi, Rimbaud et Kafka.Il a leur invincible fragilité de tonnerre. L'asthme de Halim faisait qu'il flirtait à chaque seconde avec la mort qui, très vite, a compris qu'il ne fallait pas insister avec ce genre de volcan doux, mais jamais éteint. Cet air qui lui manque, il se forcera de le puiser dans la puissance magique de ses pinceaux complices qui vont donner au visiteur de ses tableaux l'illusion d'un déjà vu/su/eu/pu réels , d'une insistante réalité onirique qui est notre vérité, notre pâte,qui nous modèle et qu'on façonne au gré des vagues des jours et des milliers d'éléments qui s'imbriquent, s'interpénètrent et s'intertrament.
     Je tiens à rappeler qu'il a été aussi un brillant cinéaste amateur primé au festival de Kelibia de 1995, en  remportant le Faucon d'or grâce à son film "Images 1" où mon neveu Mohamed Mokdad a campé le rôle de l'enfant.
    Je n'oublierai pas de signaler, dans cette  présentation succinte, qu'il a toujours eu une grande complice, dans son voyage artistique, c'est sa soeur la poétesse, nouvelliste et romancière hafidha alias Bint El Bahr (La fille de la  mer) qui a su, tout le temps, le soutenir, en raison de cet esprit rebelle et anti-citadelle qu'ils partagent.
Voici un poème que j'ai écrit pour ce peintre-ami:
               

Halim

Ce ciel pleureur
Tisse tes mains ivres de buée.
Tu butinais, tout enfant,
Des soleils enfouis
Dans les greniers gardés
Par des araignées timides.

Pour cette terre asthmatique,
Tu craches des toiles
Qui défilent à l'appel des mers
Jusqu'à la noyade d'une naissance.

Quel poisson porte aujourd'hui
Les lunettes que tu as offertes,
Une nuit grouillant d'étoiles,
A Neptune le farceur?
Armé, ivre, d'un tri-pinceau
Il colore ta belle solitude
D'éternel enfant éternel,
Drapé de ta solide fragilité
Dans tes jours riz-thé,
Toi, le moine
Des algues invisibles
Habité par la mémoire des poissons.



© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes" 









Je vous laisse découvrir quelques tableaux de Halim Karabibene:




Nuit blanche au vieux port

Le port de Noé






On the road










Images sans contes


Mon vieux port   Halim Karabibene( Bizerte Tunisie)



Le pollen électrique
Charme la musique stellaire de mon sang.
Il offre ses portées
Aux artères mortes de la ville.
Le cadavre du chat
Et les deux bras de la poupée
Pourrissent dans la canicule du port.
Les plus vieux des pêcheurs
N’ont plus rien à raconter.
Ils regardent la télé.

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

lundi 26 novembre 2012

L'émigré




Ommi Yêma Ya Mima !*
Le bateau m’emporte,
Loin de tes yeux enflammés.
La mer me balance,
Loin de tes bras qui tremblent.
Ommi Yêma Ya Mima !
Ils m’ont fouillé,
Jusque dans mes plus petits souvenirs.
Ils me poursuivent,
Jusque dans mes lunes les plus émiettées.
Ommi Yêma Ya Mima !
Ils m’ont ligoté dans leurs citadelles de l’oubli.
Ommi Yêma Ya Mima !
Mes appels qu’ils matraquent,
Dans les asiles de leurs rues.
Mon âge sans repères,
Les cages de mes nuits sans étoiles.
Ommi Yêma Ya Mima !
Ton sourire bleu qui m’obsède,
Qui me précède dans mes cris.
Leurs djinns cravatés,
Leurs cravaches qui se fâchent,
Qui crachent leurs venins de lâches
Qui ne me lâchent, en aucun lieu,
Leurs djinns qui m’arrachent les cheveux
Ommiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Yêmaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Mimaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Dans mes nuits froides,
Dans mes soupirs sans logis,
Leur ciel, leur ciel est plein de pus !
Je pue, je sue, je suis à moitié nu,
Dans leurs rues qui me tuent !
Ommi Yêma Ya Mima !
Tes yeux humides,
Tes yeux qu’ils fouillent,
Dans ma valise qui grelotte,
Tes yeux qu’ils m’arrachent
De ta photo qui me tient au chaud.
Tu m’appelles,
De mon appel enchaîné
Ommi Yêma Ya Mima !
Le bateau m’emporte,
Comme une feuille endormie !
Ommi !
Leurs syllabes d’inquisiteurs !
Yêma !
Leurs poisons d’affameurs !
Leurs rires moqueurs !
Leurs tours, leurs détours !
Leurs danses de vautours !
Ya !
Mima !
Le retour vers tes cheveux,
Vers tes yeux qui m’attirent,
Comme un aimant, loin d’eux !
Mon râle comprimé !
Ommi Yêma Ya Mima !
Mon ombre qui se brise !
Mon ombre qui s’enlise !
Mon ombre qui se paralyse !
Mon nom que j’oublie,
Dans mon sang qui frémit !
Ma trace que je vomis !
Ommi Yêma Ya Mima !
Mon exil, dans leurs ports !
Leur vie, dans ma mort !
Ommi Yêma Ya Mima !
Le bateau me ramène,
Vers nos rêves assassinés !


* Synonymes, en arabe, de «Ma mère»



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

dimanche 25 novembre 2012

Ô Mère!




The sun child  Dora Hitz


Ô mère !
Lait toujours ascendant,
Voyageur
Dans mes étoiles nécessaires
Conjuguées aux distances blessées de mon cri !
Ciel de mes yeux, yeux de mon ciel
Recousu de ses blessures larmoyantes
Pour reporter, de ta lymphe triomphante,
Ma folle errance et mes agonies !
Tu es les arbres candélabres
Qui m’éclairent tous ces chemins inextricables
De mes lourdes litanies d’incompris
Trébuchant de tant de chaînes,
Ombre prévenant mon possible aveuglement,
Seins aux aguets pour me rassurer,
Pour m’arracher au plus profond
De mes sauts anéantis
Et me faire renaître, entier,
Dans ton feu jamais brûlant,
M’offrant la juste chaleur
De ces mains des ans
Qui me caressent de leurs attentes,
De ce sang toujours prêt à me reprendre
De mes jours soliloques d’exilé
Sans échos !

© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

Mouette, ma mouette!




-Si je te donnais un pinceau, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je peindrais, avec, un grand soleil radieux
Et des arcs-en-ciel sur tous les cieux !
-Si je te donnais un crayon, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’écrirais, avec, des chansons pour les enfants,
Je dessinerais, sur les mâts des bateaux,
Les cimes des montagnes, là-haut,
Et sur les pages des voiles,
Les pas fleuris du printemps avançant,
Avec ses myriades d’étoiles
Gazouillant, à saute-moutons, au firmament !
-Et si je te donnais une gomme, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’effacerais, avec, les larmes, le sang
Et tous les malheurs
Assombrissant Les coeurs
Qui rêvent de bonheur
Sans peur ni soumission !
-Et si je te donnais ce poème, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je l’avalerais comme un poisson !

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

samedi 24 novembre 2012

Les contes de ma mère

Ocell de Foc, par Max Ernst
L'oiseau de feu, Max Ernst 



Quand ma mère,
Dans ses contes,
Me parlait d’ogres sanguinaires,
D’hideuses ogresses,
De jeunes chevaliers
Transformés en statues de sel,
En muets pour l’éternité,
D’araignées carnivores,
D’esclaves aux têtes tranchées
Pour avoir désobéi,
Refusant d’être soumis,
De colombes pendues
Pour avoir troublé
Le sommeil du sultan,
Quand ma mère me chantait
Les larmes du jasmin-étoile emprisonné,
Pour avoir fui la monotonie
Des jardins du tyran,
Quand de tout ce qu’elle me racontait,
Je ne retenais
Que bourreaux, barreaux,
Morts et frissons,
Je ne peux, millénaire Ifriquiya,
M’empêcher
De penser à toi.

 © Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

vendredi 23 novembre 2012

Ma rue




                                     à Nahalia, la rue  où je suis né , dans la ville de Mateur, en Tunisie

















La rue où j’habite pose, déjà, toute nue.
Elle n’a pas à se déshabiller pour les peintres.
Ses maigres trottoirs sont des claviers
Sur lesquels, la nuit, sans pavés, se rencontrent
Le rêve et son ombre la solitude.
Elle porte, dans ses flancs faméliques,
La rouille verte des réverbères myopes
Et le ballet scintillant des phalènes mystiques.
Ma rue est une très vieille chanson
Qui descend, comme la caresse de l’ archet,
Sur les cordes mouillées d’un violon.
C’est un bateau qui danse, drossé,
Sur les décombres des étoiles rouillées.
Elle s’agrippe, comme le noir oubli,
Aux ailes repliées des chauves-souris.
Ma rue c’est les rayons bleus
Que dessinent les miaulements plaintifs des chats
Qui grelottent, rêvant de caresses et de feu
Sur les sofas soyeux des pachas,
Loin de la faim et de la vindicte des rats.
Ma rue est un grain dans le chapelet des jours
Offerts à la trame des ombres qui courent
Jusqu’au tout proche cimetière, tour à tour

 © Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"






jeudi 22 novembre 2012

Nuits

Haou Haou

Nuits
Equasillons chancelant
A la tête pâle
Ouverte
Mégot tenace
Qui n’en finit pas
D’accompagner
La danse carnassière de la dernière bougie.

Nuits
Tisserands invisibles
Aux barbes d’algues !
Ils froissent la glu sidérurgique
Du texte vitrine
Qui gutenbérise son plasma logique.

Nuits
L’oiseau bourre son plumage,
Dans la métachromie crage
Et défilent, dans son exil,
Des bardes-dunes
Qui chantent la grande geste des couleurs,
Noces du palmier et de la cicatrice des eaux,
Sur les cordes tendues de tes veines !

Nuits
Poésie,
Tableau hémorragique
De la tragédie !
Poète !
Ha ! ha ! ces vers que tu pourchasses
Et qui te glissent
Entre tes pieds ivres !
Poète !
Ces poèmes qui te balancent,
Dans la gueule cynique de l’aube !

Nuits
Le carbone que tu retires
De sous le miroir-tombe,
Erection du sème fétiche,
Début d’absolu !
Tu jettes alors, dans le naphte sans étoiles,
Ta horde de textes squelettiques
Pour leur donner leur heure d’inversion,
Dans ton miroir puis te démaquilles,
Pour les refermer, dans le vaste tiroir des aversions,
En leur donnant une dernière caresse,
Un point, une virgule,
Un synonyme de conversion
Pour cette rime qui trime
Que tu conduis, à laisse,
A s’aplatir,
A croiser,
A embrasser,
Dans tes boudoirs du crime,
T’en croyant couronné aux cimes !
Mais tu ne gommes jamais !
Début d’absolu !
Puis, tel un bonimenteur,
Tu suspends, au porte-manteau,
La lune, les étoiles et le slip de ta muse !
C’est alors que tu prends ton mandrax de ronflard
Et te glisses sous la fermeture-éclair de ta pendule
Qui te réveillera, la nuit prochaine
Pour promener ta maladive texture
Et t’endors.
Hé dresseur de sèmes !
N’oublie pas,
L’oiseau a tout vu !
Hé dresseur d’étoiles !
L’oiseau n’est plus !


© El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"






mercredi 21 novembre 2012

Le blues du bleu

Hélènablue





                                

                                      à la si chère Hélènablue, cet hommage au bleu


Le bleu a pris le large, Laissant le monde barge.
Il s’est taillé, tout à trac,
En prenant ses cliques et ses claques !
Dans son sac à dos,
Il a mis un saxo,
Une photo d’Hélènablue
Qu’il adore par-dessus tout,
Une autre de John Lee Hooker
Et une troisième de Satchmo !
Partout, chez les couleurs, c’est le chaos !
Regardez-les, sans sang, les aristos !
Sans leurs bleus de chauffe, les prolos !
C’est le deuil sur tous les seuils,C’est la larme à l’oeil,
De la plus haute étoile
Jusqu’aux plus sombres caniveaux !
Le bleu a le blues,
Il n’a plus l’âme aux vagues
Ni aux cieux !
Ah ! Comme le pleurent,
L’ayant perdu, tant d’yeux !
Les couleurs, en colère,
Ragent d’avoir été
Ainsi abandonnées !
Elles s’essorent et s’échinent à se traire,
Pour extraire
Tout ce qui leur reste
De ce butin précieux !
Le noir, au pas de l’oie,
Veut appliquer la loi.
Il a lâché ses cerbères,
Pour remuer ciel et terre
Et rechercher le réfractaire.
Mais le bleu a le blues.
Toutes ses places sont désertes,
Du Pôle Nord jusqu’à Bizerte !
Dans les marchés interlopes,
Où l’on trouve toutes les dopes,
On n’entend plus que ces antiennes :
« Y aurait pas, de grâce, un peu de bleu ?
On ne voudrait pas une petite bleue ?
Allez, Je te vends ce grand bleu ? »
Mais ce ne sont que mensonges et contrefaçons !
De vrai bleu, il n’y en a plus, de toutes les façons !
Toutes les couleurs, en colère,
Ont failli perdre la raison,
A chercher les secrets d’une telle désertion !
Mais, moi, je sais pourquoi il s’est tiré !
Il réclame ses parts sur terre
Et une révision radicale des dictionnaires !
Il ne veut plus être synonyme de peur
Ni le symbole des douleurs !
« Pourquoi peur bleue ?
Crie-t-il. Ah ! Les odieux, parbleu !
Je veux qu’on chante, désormais, la joie bleue
Et qu’on me laisse, à ma guise,
Peindre les arbres et les lieux,
En mes chers camaïeux !
Dorénavant, je veux que, sur terre,
Bleu rime seulement avec heureux ! »


©
 Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 20 novembre 2012

Amnésie sioniste


Par milliers, nous sommes entassés,
De l’aube à la nuit noire,
Sous la botte gammée
Des sionistes sans mémoire,
L’oeil d’acier de leurs fusils braqués
Sur nos longues journées affamées.
Nos cadavres attendent la mort,
Avec pour seul espoir,
Le souvenir de vos futures victoires,
Nos chers enfants, nos fiers soleils,
Notre immortelle gloire !

©
  El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

Exil


Aurelio Rodrigo Lopez




Dans tes yeux,
Mon enfant,
J’ai lu l’exil.
Toi, qui es né
Loin du pays,
Tes cheveux ont la couleur de l’olive
A laquelle nous n’avons plus
Le droit de toucher.
Dans l’éclat de tes dents serrées,
Mon enfant,
Je regarde
Des milliers d’étoiles calcinées,
Nos terres volées,
Nos maisons bombardées,
Des bouquets de poings
Tombant sous les orangers.
Dans le mercure de tes larmes,
Mon enfant,
J’ai lu l’exil,
L’exil d’un peuple.

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

Ma plume









Ma plume
Ne veut plus boire d’encre.
Ma plume veut lever l’ancre,
Cogner son bec contre les fruits,
Contre les étoiles,
S’accrocher aux voyages des comètes.
Ma plume ne veut plus voir d’encre,
Elle lève l’ancre,
Elle prend la prochaine comète
Pour ne plus retourner
Aux verglas enténébrés
Des anciennes défaites !
Ma plume veut se noyer
Dans la plus profonde des fêtes !


© El amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

lundi 19 novembre 2012

Frémissements


La femme absente Yves Tanguy


J’ai frémi aux premiers vents d’automne.
La lourde rumeur tonne,
Sous le poids crépitant des grands bûchers.
Tes longs cils de rebelle
Eventent mon regard aphone.
Les amphores des vieilles sorcières
Jonchent les rivières
Sur lesquelles a miroité ta peau nubile.
Quel philtre devrais-je boire,
Pour étancher ta terrible soif, ce soir
Et bannir mon exil ?

© Mokhtar El Amraoui in " Arpèges sur les ailes de mes ans"

dimanche 18 novembre 2012

Le testament des étoiles



Juan Miro Nocturne 1940














Voix plurielles
Dans la polyphonie des sables à mirages,
Les décibels d’une soif montante
Crèvent l’outre des chimères
Et galopent.
L’ange médite, sous la citadelle,
Le reste poussiéreux d’une nymphe envoûtée tue.
Glaives et glas !
L’horizon est la lame qui tranche ton regard
Par le sel de l’attente.
L’enfant, dans ses insomnies, rêvait de fleurs
Et ne cessait de se taire.
Malheur à tous ceux qui touchèrent à l’ossuaire,
Ce testament des étoiles !

© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

Librations


Burning phoenix


Jusqu’où peut aller la danse,
Dans le tumulte d’un tapis nocturne ?
Qu’accompagne, au juste,
Cette lumineuse euphorie ?
Les mains, semblables à des fruits aveugles,
A des fruits de questions,
Froissent la page d’éther
Qu’entretient le quiet phénix.
Et la robe, de ses flammes, enveloppe
La danse qui se lave à l’ivresse de l’éphémère.
Tant que semblent durer
Cette nuit, cette barque,
Ce port, ce pont, ce phare,
Je chanterai cette lune aux arabesques foetales.


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"