mardi 27 novembre 2012

Halim Karabibene l'oniréaliste




   
     Halim Karabibene, je l'ai toujours connu peintre dans l'âme. Bien qu'ayant réussi avec brio ses études d'architecture à Paris, il n'a jamais accepté de troquer ses pinceaux contre quoi que ce fût. Et ils le lui ont  bien rendu. Dans les années 70, j'étais l'ami de son frère  avec lequel j'allais jouer des parties de ping-pong dans le jardin de leur féerique villa de la sublime Corniche. Un après-midi estival, je l'ai remarqué, au fond de l'orangeraie, en plein dans une partie d'échecs avec son père feu Hassen Karabibene que j'avais eu comme professeur au lycée. Homme de très grande culture, il était notamment féru de théâtre, ouvert, tolérant et toujours authentique. Halim avait à peine une dizaine d'années. La première des choses qui m'a impressionné, en lui, a été son regard hyper-profond, accueillant, émerveillé mais aussi immensément fuyant , insaisissable comme surchargé de visions. C'est un regard qui picturalise immédiatement l'être vu, dans sa toile, au double sens du mot; il le capture pour le transformer/intégrer dans cet ailleurs halimien que je baptiserai plus tard, au début des années 2000, oniréaliste.
     Il a commencé à peindre à l'âge de sept, huit ans et j'ai eu l'immense bonheur de voir ses premiers tableaux que feue sa mère adorée protégeait fièrement et jalousement. Regard profond et asthme ont  été pour moi les deux signes distinctifs de Halim qui ont fait que je l'ai toujours associé à un trio: le poète tunisien Abou El Kacem Ecchebi, Rimbaud et Kafka.Il a leur invincible fragilité de tonnerre. L'asthme de Halim faisait qu'il flirtait à chaque seconde avec la mort qui, très vite, a compris qu'il ne fallait pas insister avec ce genre de volcan doux, mais jamais éteint. Cet air qui lui manque, il se forcera de le puiser dans la puissance magique de ses pinceaux complices qui vont donner au visiteur de ses tableaux l'illusion d'un déjà vu/su/eu/pu réels , d'une insistante réalité onirique qui est notre vérité, notre pâte,qui nous modèle et qu'on façonne au gré des vagues des jours et des milliers d'éléments qui s'imbriquent, s'interpénètrent et s'intertrament.
     Je tiens à rappeler qu'il a été aussi un brillant cinéaste amateur primé au festival de Kelibia de 1995, en  remportant le Faucon d'or grâce à son film "Images 1" où mon neveu Mohamed Mokdad a campé le rôle de l'enfant.
    Je n'oublierai pas de signaler, dans cette  présentation succinte, qu'il a toujours eu une grande complice, dans son voyage artistique, c'est sa soeur la poétesse, nouvelliste et romancière hafidha alias Bint El Bahr (La fille de la  mer) qui a su, tout le temps, le soutenir, en raison de cet esprit rebelle et anti-citadelle qu'ils partagent.
Voici un poème que j'ai écrit pour ce peintre-ami:
               

Halim

Ce ciel pleureur
Tisse tes mains ivres de buée.
Tu butinais, tout enfant,
Des soleils enfouis
Dans les greniers gardés
Par des araignées timides.

Pour cette terre asthmatique,
Tu craches des toiles
Qui défilent à l'appel des mers
Jusqu'à la noyade d'une naissance.

Quel poisson porte aujourd'hui
Les lunettes que tu as offertes,
Une nuit grouillant d'étoiles,
A Neptune le farceur?
Armé, ivre, d'un tri-pinceau
Il colore ta belle solitude
D'éternel enfant éternel,
Drapé de ta solide fragilité
Dans tes jours riz-thé,
Toi, le moine
Des algues invisibles
Habité par la mémoire des poissons.



© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes" 









Je vous laisse découvrir quelques tableaux de Halim Karabibene:




Nuit blanche au vieux port

Le port de Noé






On the road










11 commentaires:

  1. Ce sont des tableaux tellement expressifs et riches à la hauteur de cet homme remarquable qu'est Halim(le rêve)! Tu es Mokhtar non moins remarquable de parler de ces hommes extraordinaires dont doit être fière la Tunisie, l'illustre Carthage,de nos aieux!

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  2. Ah, oui! Il est vraiment remarquable. En arabe, Halim c'est plutôt le clément, l'indulgent. Rêveur c'est Halème. En tout cas, lui,il est les deux à la fois. Il y a eu toujours une très grande complicité entre nous deux. Ravi que ça te plaise. Oui, la Tunisie a toujours été féconde, tout comme l'Algérie où il y a de très grands peintres et d'llustres écrivains.

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  3. Merci Mokhtar! Le poète se double d'un critique d'art et c'est merveilleux! Tu nous fais aimer à la fois les couleurs , les formes et les mots que tu égrènes avec un naturel poétique

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  4. Cher Mokhtar, tu as maintenant mon mail, tu peux m'écrire et me transmettre tes réflexions qui m'ouvrent des horizons nouveaux

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    1. Bienvenu, chez toi, cher Habib. Tes gentils mots me touchent énormément. J'attends tes commentaires et réflexions. Merci de m'avoir envoyé ton e-mail.

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  5. C'est magnifique, l'hommage comme les toiles. Il y a une façon de formuler chez vous qui tient de la soierie, des huiles épicées, du tintement d'une théière dorée. C'est d'une proximité distante qui me touche beaucoup. J'adore ce contraste. Il y a un artiste ici qui me fait penser à ce que votre ami peintre fait et qui me touche beaucoup. Je vous laisse découvrir son oeuvre onirique. Bonne soirée ou nuit à vous.

    http://www.jaberlutfi.com/

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    1. @ La rouge
      Je suis très content que ça t'ait plu et parlé.
      Merci de me faire découvrir Jaber Lutfi.

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  6. Très bel hommage ! Bravo aussi pour ton poème.

    Gigantesquement splendides, ses tableaux.

    P.S. @La Rouge : archicoquin sidérant, ce Jaber Lutfi!

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    1. @ Guillaume
      C'est gentil de ta part. Tu sais, j'ai eu la chance et le privilège d'avoir assisté, dans l'atelier de Halim,
      à la genèse de quelques toiles.

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  7. J'aime particulièrement la toile intitulée " le port de Noé". Magnifique cet hommage à ton ami peintre, Mokhtar, j'y retrouve ta belle sensibilité qui m'a toujours été chère et puis ton délicat amour de l'humain.
    Il était temps que tous puissent en profiter! Il était temps que tu l'ouvres ton blog!

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  8. @ Hélènablue
    N'oublie pas que si ce blog a vu le jour c'est grâce surtout à tes encouragements, ceux de notre super cinépoétesse Laure k et Guillaume qui t'ont suivie. C'est pour ça que le blog lui-même t'a prise pour marraine!
    Tu l'as deviné, c'est un vrai artiste, Halim. Il mérite pleinement cet hommage.

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