vendredi 23 novembre 2012

Ma rue




                                     à Nahalia, la rue  où je suis né , dans la ville de Mateur, en Tunisie

















La rue où j’habite pose, déjà, toute nue.
Elle n’a pas à se déshabiller pour les peintres.
Ses maigres trottoirs sont des claviers
Sur lesquels, la nuit, sans pavés, se rencontrent
Le rêve et son ombre la solitude.
Elle porte, dans ses flancs faméliques,
La rouille verte des réverbères myopes
Et le ballet scintillant des phalènes mystiques.
Ma rue est une très vieille chanson
Qui descend, comme la caresse de l’ archet,
Sur les cordes mouillées d’un violon.
C’est un bateau qui danse, drossé,
Sur les décombres des étoiles rouillées.
Elle s’agrippe, comme le noir oubli,
Aux ailes repliées des chauves-souris.
Ma rue c’est les rayons bleus
Que dessinent les miaulements plaintifs des chats
Qui grelottent, rêvant de caresses et de feu
Sur les sofas soyeux des pachas,
Loin de la faim et de la vindicte des rats.
Ma rue est un grain dans le chapelet des jours
Offerts à la trame des ombres qui courent
Jusqu’au tout proche cimetière, tour à tour

 © Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"






4 commentaires:

  1. Le beau poème de Mokhtar "Ma rue" donne une âme à un espace familier de l'enfance. Dans ce portrait onirique et réaliste à la fois (ce n'est pas un hasard si Mokhtar parle, à propos de la peinture de Halim Karabibene, d'oniréalisme), le lieu protéiforme est révélé par touches successives où des images surréalistes ( Ma rue c'est les rayons bleus/ Que dessinent les miaulements plaintifs des chats....)se marient harmonieusement avec des notations sensuelles bien incarnées ( La rue où j'habite,pose, déjà, toute nue.)Une grande tendresse nostalgique s'exprime mélodieusement dans ces vers qu'on retient facilement grâce à leur musicalité. La poésie est fille de Mnémosyne, déesse grecque de la Mémoire, et Mokhtar est un digne descendant de cette grande marraine de la poésie

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  2. @Habib Meddah
    Je vois que ma rue t'inspire bien!
    Merci de cette excellente lecture.

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  3. Anonyme22:14

    C'est magnifique, magique, on a envie de la connaitre cette rue. Et j'aime particulièrement le passage des chats mes amis qui lui donnent alors ce côté si vivant si animé. Que de beaux mots.

    Amitiés

    caroleone

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    1. Cela me touche énormément que ma rue natale te plaise. Moi aussi, j'aime beaucoup les chats. Merci, chère Caro, d'apprécier mon poème. Toutes mes amitiés

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