jeudi 22 novembre 2012

Nuits

Haou Haou

Nuits
Equasillons chancelant
A la tête pâle
Ouverte
Mégot tenace
Qui n’en finit pas
D’accompagner
La danse carnassière de la dernière bougie.

Nuits
Tisserands invisibles
Aux barbes d’algues !
Ils froissent la glu sidérurgique
Du texte vitrine
Qui gutenbérise son plasma logique.

Nuits
L’oiseau bourre son plumage,
Dans la métachromie crage
Et défilent, dans son exil,
Des bardes-dunes
Qui chantent la grande geste des couleurs,
Noces du palmier et de la cicatrice des eaux,
Sur les cordes tendues de tes veines !

Nuits
Poésie,
Tableau hémorragique
De la tragédie !
Poète !
Ha ! ha ! ces vers que tu pourchasses
Et qui te glissent
Entre tes pieds ivres !
Poète !
Ces poèmes qui te balancent,
Dans la gueule cynique de l’aube !

Nuits
Le carbone que tu retires
De sous le miroir-tombe,
Erection du sème fétiche,
Début d’absolu !
Tu jettes alors, dans le naphte sans étoiles,
Ta horde de textes squelettiques
Pour leur donner leur heure d’inversion,
Dans ton miroir puis te démaquilles,
Pour les refermer, dans le vaste tiroir des aversions,
En leur donnant une dernière caresse,
Un point, une virgule,
Un synonyme de conversion
Pour cette rime qui trime
Que tu conduis, à laisse,
A s’aplatir,
A croiser,
A embrasser,
Dans tes boudoirs du crime,
T’en croyant couronné aux cimes !
Mais tu ne gommes jamais !
Début d’absolu !
Puis, tel un bonimenteur,
Tu suspends, au porte-manteau,
La lune, les étoiles et le slip de ta muse !
C’est alors que tu prends ton mandrax de ronflard
Et te glisses sous la fermeture-éclair de ta pendule
Qui te réveillera, la nuit prochaine
Pour promener ta maladive texture
Et t’endors.
Hé dresseur de sèmes !
N’oublie pas,
L’oiseau a tout vu !
Hé dresseur d’étoiles !
L’oiseau n’est plus !


© El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"






4 commentaires:

  1. c'est pas évident je suppose de trouver des bons éditers de poésie qui ne soient pas à compte d'auteur ça rend que plus méritant ceux qui percent les nuits
    mêmeles blogs ont besoin de poésie

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  2. Comment décrirais-tu ce style ? La poésie flirte souvent avec l'énigmatisme. Je suis prompt à déceler l'écriture automatique et le surréalisme, car je les adore, mais c'est bien sûr à toi de se prononcer sur la nature ce style. Envoûtant.

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  3. @Guillaume
    A trop vouloir équationner l'écriture poétique en paradigmes référentiels arrêtés , on serait plutôt, je trouve, du côté de son enseignement métadiscursif et académique, donc loin du poïein , du faire poétique mais le terrible et le magnifique en poésie c'est qu'elle échappera toujours au dénotatif analytico-explicatif et indicatif de libellés taxidermistes. Elle est ce qu'elle veut bien être: une synergie globale d'élans multiples, de fluides qui se rencontrent et se brassent en multitudes de jets et geysers où à chaque occurrence , il y a de tout:du génétique, du biographique, du cosmique, de l'historique , du libidinal mais ce que tu écris c'est toi, c'est en toi que le poème s'est donné rendez-vous! ça rappellerait,peut-être, telle ou telle tendance ou école mais ça se situe en un ailleurs sans "isme" qui est inscrit dans tout ce qu'on a de plus profond sans réductionnisme chirurgical ni académique.Ce que j'écris c'est du Mokhtar, ce que tu écris c'est du Guillaume.

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  4. Je suis bien d'accord avec toi. J'ai la définition rare, en littérature, car j'en ai horreur. D'ailleurs, les seules que je tolère, en poésie, sont « écriture automatique » et « surréalisme », car ces deux approches, tout à fait élastiques, presque indéfinissables, donnent accès à un vaste champ de possibles. Mais il est vrai que je ne m'abreuve pas à un courant ou à un autre, et que je laisse un faisceau de pulsions, d'élans harmoniques et d'influences guider ma plume.

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