lundi 31 décembre 2012

Liberté

Mes très chers amis, je vous souhaite une très belle année 2013 pleine de bonne santé et de bonheur!
Soyons tous unis pour lutter ensemble contre l'esclavage sous toutes ses formes: physiques, économiques, psychologiques, idéologiques et culturelles. Oeuvrons ensemble afin que tout un chacun, sur terre, vive libre et digne!



Wim Botha



Nulle plainte,
Nul regret,
Si c’est pour toi
Que je meurs
Liberté.
Nul regret,
Nulle plainte,
Tu es le seul chemin du bonheur.
Si l’on meurt pour toi,
La mort n’est plus un malheur
Et tant qu’on vivra par toi,
La vie ne sera plus un leurre.
Liberté
Sans toi, la mort,
Sans toi, la vie
Ne seraient plus qu’erreurs.







© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"





samedi 29 décembre 2012

Doudouk





Levon Minassian


Le doudouk* n’est jamais doux
Pour celui qui a perdu sa mère, son père,
Ses sœurs, ses frères
Et les cœurs aimants
De tant d’autres parents !
Le doudouk est une blessure en chants,
Pour ceux à qui on a arraché impitoyablement
La terre, les yeux et les cieux depuis des ans,
A en devenir fous, inexorablement.
Le doudouk n’est jamais doux,
Pour toi, l’exilé qui l’entend.
Il écrit, chaque jour, du levant
Jusqu’au couchant, patiemment
Son chemin brûlé de sang
D’une lumière aveugle en quête de firmament,
Qui trébuche sous les fouets de l’exil et du vent !
Le doudouk devient loup
Quand on tue sa montagne, son aigle volant
Et ses danses en plein élan !
Mais il se fait doux, seulement,
Quand il sait que, bientôt, vivant,
Il reviendra fièrement, tout chantant,
Vers cette terre qui, chaque jour, l’attend
Qui, toujours, l’entend !



* Instrument à vent arménien




© Mokhtar El Amraoui  in " Nouveaux poèmes" 











Une pépite de chaleur






Elisa  Parre



Roses à lunes,
Massifs de mots en attente.
Le ciseleur, au bord, jaillit,
Verres en main,
Et des étoiles en laisse.
Il crie :
« Le ravin ! Le ravin ! »
L’onde parcourt l’effroi des heures
Jusqu’à la paroi encore en friches.
Où ira germer-Azur- la fiole des stupéfaits ?
Cantaméduse !
Le fossile est là,
Preuve d’étonnement amoureux .
Les feuilles de tant de manuscrits
M’ont appris le passage des vents.
Aux peurs noyées dans la pâte-soleil,
Mes fièvres tracées à l’encre des sables
Me drossent jusqu’aux revenants oiseaux d’écumes
Piégés à la glu des mireurs.
Hier encore, au café Les Abysses,
Tu tentais, bavant dans les bivouacs des rues mortes,
De me dessiner la chamelle allégorique,
Toi, l’à bout d’herbe,
Frappant, au coeur de la cire,
Pour une pépite de chaleur.
Mais il est toujours des hirondelles
Tuant tout retour vers les lueurs
D’anciennes vasques maudites.
Malgré toutes ces mèches de feu tressées,
Il nous reste tant de froids à subir.




© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


vendredi 28 décembre 2012

Couleurs



Gervasio Gallardo



Un jour,
Un papillon s’est pris les ailes
Entre mes deux hémisphères.
Alors, chaque nuit,
Je rêve en couleurs,
Volant de fleur en fleur,
Te cherchant, plein d’impatience, mon coeur.
Puis je t’ai vue,
Seule, près du rocher bleu,
M’ouvrant tes pétales, riant de rosée,
M’invitant à m’y reposer.
Mais le matin,
A mon réveil,
Les ailes avaient déjà séché.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


mercredi 26 décembre 2012

Amitiés




Charm  Aeravi




La nuit, des oiseaux amis
Remuent les feuilles des miroirs.
Certains, ceux qui fuient m’ont déjà confié
Leurs oeufs que j’ai déposés dans ma tête,
Comme les plis d’une mémoire de nerfs faite.
Ils laissent couler leur doux plumage,
Jusqu’à l’aube d’une chanson, d’un rivage,
D’une couleur venant à la fleur.
Des peintres amis y logent aussi,
Peignant des becs rigolards et de graciles languettes.
Les nuages, en filaments ou en duvets,
Massent la chauve lune,
Sur des airs de saxo rouillé.
Une tendre voix, de nicotine et de froid enrouée,
Parle, en toussant,
De portes toujours fermées
Sur des bonheurs en judas et vachettes tamisés.
Mes rêves glissent sur la lame des chaussées
Qui m’engouffrent las, l’âme déchaussée.
Plus de champs pour me recueillir.
Toutes les gerbes ont été fauchées.
Même les bouteilles se rebiffent,
Les habitent des bateaux échappés aux récifs.



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


mardi 25 décembre 2012

Le départ de l'oiseau-poisson






        A la mémoire du vaillant  Nasser Zaouali, plongeur corailleur (5/4/1961-23/6/1986)  que la mer nous a ravi




Le sel de mes larmes, ce matin,
Se mélange à celui glacé de la mer.
Ce bleu linceul,
Qui t’a pris dans ses rais de verre,
Se referme à toutes ces mains qui t’appellent !
Rêveur vêtu d’algues,
De proues
Et d’atolls flamboyants,
Tu fouillais, de tes mille doigts d’enfant amusé,
Cet écrin du monde
Où le monde, en lumière, toujours, se disait
Et tu oubliais, mon frère,
Qu’un cerbère assoiffé de sang et rusé
T’attendait,
Te guettait,
Juché là,
Phasme d’entre les rochers,
Soudoyant Caron le vieux nocher,
Se faisant, tantôt pieuvre,
Tantôt méduse,
Tantôt hippocampe
Et souvent raie.
Tu riais, t’amusant avec ce lâche Protée
Qui aiguisait ses dards,
Ses harpons
Et te tendait ses obscurs filets.
Te déployant en brasses émerveillées,
Tu dépliais ces feuilles scintillant d’eau, d’écailles et de nacre.
Emporté par le courant de ce si lourd livre des mers,
Tu ne pouvais savoir que tu en étais déjà la plus belle des pages
Ajoutée à celle de tant de rêves, d’épopées et de naufrages.
Ce soir, me parviennent de toi, du fond des coquillages,
Ces contes que déclament les mères à leurs enfants éblouis
Par ta beauté, ta bonté, ton courage et tes défis.
Même l’air, pour toi, avait plein d’attrait.
L’envergure de tes ailes en dévoilait tous les secrets.
En s’ouvrant, elles t’ouvraient les abysses du ciel
Et, narquois, tu narguais la lâche pesanteur.
Enfant de plumes et de palmes,
Oiseau-poisson aux écailles de lune,
Ton sourire amphibie, de corail allumé,
Souffle, du revers de la main,
Mes bougies de pleureur affalé,
Me conviant à moquer,
Partout et toujours, la mort et ses stupides forfaits
Pour oublier cette interminable nuit
Où les étoiles, en trébuchant, s’éteignaient
De t’avoir tant pleuré !
Même les phalènes,
Toutes frémissantes
Dans leur frêle agonie,
Ne cessaient de te réclamer !
Nasser mon frère, mon frère Nasser !
Enfant de plumes et de palmes,
Auguste habitant des mers et de l’Ether !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


lundi 24 décembre 2012

J'écris

Paul Abott





J'écris avec le râle de ma valise
Remplie d'algues et de corail.
J’écris avec l’encre de mon ombre,
Affiche de mes nuits.
J’écris une langue comète
Aux rides assoiffées.
J’écris les nymphes
Caressant mes pieds d’étranger,
La spirale verte
De ma titubante amnésie.
J’écris avec les baves de l’éclair,
Cette déchirure du texte sans étoiles,
L’envol mousseux du triangle,
Le rat aux griffes de chat
Qui interroge les égouts,
Ruisseaux coulant des masques
De nos morts inavouées,
Peaux froides de cadavres froissés
Comme ces paquets de frileuses raisons
Que tu inocules à ton enfant, en toutes saisons
Comme ces chimères que tu caresses
Dans tes ronflements de cube tamisé,
Quand tes oreilles de cire
Fondent dans la cire noire
Des phonos de la peur,
Perte d’extension,
Tubes aux arômes de plastique
Puant dans la crème
De ce four ébouriffé
Où tu éjacules ta peur cravatée !
J’écris avec ce rat qui mâche des étoiles
Et téléphone aux muses
Avec ce croissant-gondole !
J’écris avec ses numéros épileptiques,
Ecumes rouges
Léchant la flamme du bateau
Qui ne reviendra plus !
J’écris, sans ancre,
Avec ma valise qui vole
Comme cette symphonie nerveuse des mouettes !
Poisson d’eau douce,
Sirote ta mort !
Le rat et moi,
Nous peignons,
Sur les écailles jaunes du trottoir,
Des transes d’éclairs
Trop chauds pour les gorges des fourmis !
Dors, mort inavouée !
Le rat et moi,
On a bu le poème !




© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




samedi 22 décembre 2012

Poème d'Astrid Shriqui Garain: Mon jardin


La poétesse AstridAtos
   
Astrid Shriqui Garain, à l'île de Ré 


   

    Au fil de mes vagabondages d'incurable "Sans Blog Fxe" ( SBF), je m'inscris encore, bien qu'ayant mon propre blog,  dans des sites et blogs consacrés à la poésie ( "Un jour, un poème", "Poésie en ligne", "Sympoésieum", etc.). J'y entre et dépose mes poèmes sans préjugé aucun, ayant l'increvable conviction que l'essentiel c'est d'être lu et de partager, surtout par ces temps de dépoétisation tous azimuts.  
  Ce qui m'attire dans ces blogs, malgré les grandes disparités entre les performances des inscrits, c'est la possibilité d'y faire de belles et intéressantes découvertes. Et ce fut un astre que j'ai rencontré! Astrid! Astrid Shriqui Garain.
   En voyant sa facilité d'écriture poétique, je me suis dit que c'était soit la choyée des muses, soit une musovore. Non, elle est seulement musophile, à sa manière. Malgré son visage d'éternelle enfant rêveuse et ses yeux si voyageurs, avec ses traits de James Dean au féminin, elle n'arrive pas à cacher les tempêtueuses lames de fond qui sourdent aux tréfonds lumineux de son âme; mais en bonne zenette ( féminin de zen, pardi!), elle sait bien conduire ses chevaux et écheveaux énergétiques et les canaliser, sans jamais les assujettir.
  Ses poèmes m'ont très vite électrocuté. "C'est du haut voltage, Mokhtar!" me suis-je dit. Ne pouvant pas lire, jusqu'à maintenant, ses 400 poèmes ou plus, malgré la fébrilité vorace du découvreur qui s'emparait de moi, j'ai eu hâte de vous présenter, mes chers amis, cette illuminée du verbe poétique qui, jusqu'à maintenant, malheureusement, n'a pas encore publié de recueil ! Puisse un éditeur découvrir, comme moi, cette Amazonie de poèmes !
   Astrid ! Ah! Prédestination ! Impénétrables mystères de Poiein !
   Et l'astre, de poésie vêtu, nous est venu pour se dire en poétière qui, de la glaise de ses jours et du limon de ses nuits, nous invite à voyager dans les labyrinthes de son intermonde. Pour moi, le vrai CV de l'artiste, en général et du poète en particulier, c'est son oeuvre!
  Avant de lui céder la parole, je n'oublierai pas de dire qu'elle est membre active et passionnée d'une association vendéenne "Lumières de Jade" qui regroupe plein d'artistes sculpteurs, peintres et poètes; elle oeuvre dans le sens de la lumière, de la  paix et  de la tolérance! Elle est aussi ouverte extra-muros pour toutes celles et ceux qui aspirent à la réalisation de ces nobles valeurs. Vous pouvez visionner ses activités sur Youtube.
  Je vous invite , maintenant, à monter à bord de la fusée poétique d'AstridAtos. Répétez-le à tout le monde, son pseudo est Atos!




Mon jardin


Ami,
Je te l'écris :
Je ne couperai pas mes lettres.
Je n'amputerai pas mes phrases.
Je ne jetterai pas mes mots.

Ici ma parole est libre.
Là- bas on tranche la gorge des hommes
pour une virgule de trop.

Ami,
Je taillerai mes lettres
Je cultiverai mes phrases
Je ferai germer mes mots
Je démonterai toutes les serres
Et j'écrirai au centre de la Terre

Ami
Je te le dis,
Mon rêve est un pollen
Qui brûle la gueule des cerbères.
Ma parole n'est pas le safran de la honte
Elle est un miel sur la plaie de nos légendes.
L'odeur du sang attire toutes les hyènes.

Ami,
Tous les hommes sont frères.
Et ce n'est pas le bruit que les chiens font en enfer
qui me fera taire.

Ami,
Je te l'écris
Je ne couperai pas mes lettres
Je n'amputerai pas mes phrases
Je ne jetterai pas mes mots

Ma plume n'est pas une faux.

Ici ma parole est libre.
Là-bas on crève les yeux d'un homme
pour un livre de trop.

Je prendrai soin de notre Terre.

Ami, regarde
Dans ma voix
j'ai assez d'encre pour nous deux.

J'ouvrirai tes lettres
Je réciterai tes phrases
et je comprendrai tes mots.

Ami
Approche-toi et écoute-moi :
Où que tu sois ta pensée est libre
Et sur tes lèvres je lis chacun de tes mots.


                                     Astrid Shriqui Garain





A Rimbaud






Arthur,
Blanc Abyssinien,
Tes voyelles étouffant de lumière,
Embrasent ma solitude
Et éclairent ma tristesse
Qui râle sous le poids muet des mots inutiles.
Tu m’offris la couleur
Et rendis aux étoiles leur sève juvénile.
Inchoative ivresse
Créant l’univers
De mystères,
De questions nues.
Tu me reviens, ramage de baobab,
En transes de cithare,
Sur les flots scintillants de l’Oued Joumine !
Arthur,
Jeune âme
Mordant les éclairs de l’impossible !






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"



vendredi 21 décembre 2012

Quatre poèmes d'espoir

Fatima El Hajj
                                        A tous mes amis, de l'espoir, malgré toute cette chape de sinistrose apocalyptoïdale!





Espérances


Espérer
Un jour nouveau
Qui avance
Sur ses rayons de soleil.
Espérer
Comme si l’on voyait déjà
L’homme sortir
De sa préhistoire.
Espérer
La fin des froids calculs égoïstes et barbares
Et leurs cortèges de douleurs,
Pour réchauffer nos coeurs
D’un sang nouveau.
Espérer
Demain qui avance
Sur ses rayons de soleil.


Aubade


Aube lointaine
Et pourtant si proche !
En nous, tu vibres.
Je te sens venir,
Je te sens traverser ma peau
Et assaillir mes veines sèches.
Aube pure,
Fièvre incandescente,
Astres éblouissants,
Dansez dans vos flammes !
Vibrez bougies des ombres !
Nos feux se réunissent
Et éclateront en mille bouquets
Aux fleurs souriantes.
Aube lointaine
Et pourtant si proche,
Je te sens avancer sur tes frêles rayons
Encore hésitants.
Je te sens écarter de ta main de diamant
Les barreaux emprisonnant les amants
De la liberté et des éclairs des sublimes élans.



Médutopia


Quand verrai-je luire,
Dans ces yeux blêmes,
Les feux de la vie ?
Quand verrai-je sortir,
De la nuit noire,
Un chant pacifique de victoire ?
Quand verrai-je
Se pointer, à l’horizon,
Les poings du futur
Et l’espoir noyer les haines et les mépris?
Quand verrai-je passer
Le défilé
Beau,
Gai
Et puissant de la liberté,
En Méditerranée ?
Quand écouterai-je
La musique de la fraternité
Vibrer sur les cordes chaudes du soleil,
Sous les petits doigts
Aux couleurs de l’arc-en-ciel
Des enfants ?



Nouvelles couleurs


Nous relierons patiemment nos veines.
Et de nos sangs mélangés,
Sortiront des couleurs
Jusque-là inconnues.
Et tous unis,
Nous leur donnerons
De nouveaux noms,
Sur les rythmes des battements
D’un même coeur.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"










jeudi 20 décembre 2012

La symphonie errante

Dessin rupestre à Tadrart




Je cherche mes rallonges telluriques,
Mes incommensurables sphères
Dans les dilatations de l’exil,
L’ombre ivre de ma soif
Dans la sècheresse de l’arôme somnambule.
Je cherche mes imprécations
Creusant les sillons du retour
Contre les serres des vautours,
Ton ombre aux aguets
De cet éveil cinglant
Erection du soleil
A la symphonie errante du dromadaire !
Je cherche le râle éclaté
De mes vertèbres lyres en délire,
S’étouffant de leurs notes déportées,
Mes soupirs tonnant de bleus fuyants
Dans l’inatteignable voyage
De ce papillon qui s’éreinte
En poursuites trébuchantes,
Au-delà de ses rêves brisés !
Je rêve de comètes,
D’astres flamboyants,
De méduses lunes
Ouvertures transparentes
Des inextinguibles profondeurs !
Je rêve, muet,
Dans la soif de tes pas,
Sur les sables du voyage
Auquel je t’invite vers les prairies rouges
Et leurs feux bleus !
Ô muse de mon départ !
Astre scintillant
Sur les lèvres ouvertes des vagues !
Il n’y a plus de toits !
Pluie d’encens rouge
Sur tes seins embaumés
Dans le linceul de l’extase des rencontres crépusculaires !
Viens de mes reviens fatigués !
Je te prêterai les ailes immaculées
De mes Icare exilés.
Je te montrerai
L’axe de l’impact pluriel,
L’agonie du cogito carnivore,
Ce manteau d’erreurs spectrales !
Viens !
Accroche-toi aux tiges sans amarres
De cette forêt éclatée !
Reviens de mes viens
Qui valsent dans l’aube
Des intraduisibles fermentations !
Nous écrirons la grandeur du menu moineau
Echeveau des sens triangulés !
Cet azur qui nous appelle
Nous retrace dans nos fibres de nouveau-nés !
Reviens
Au commun des immortelles mésanges assoiffées.
Je te composerai,
Sur le clavier des escaliers,
Une symphonie qui te mènera
Jusqu’à mon perchoir d’exilé !



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mercredi 19 décembre 2012

Calligraphie



L'alphabet   Jean-Pierre Alaux




Cils O fleurs de printemps jaunes.
Enfant P du peintre aux V papillons sonores.
K foetus embaumé de vides râlant du brûlant vrai,
Cachots des nombrils.
Ventre I de la fièvre sans âges aux paumes frisées.
X ma connaissance en gestations dans les continents de l’amorphe.
Y son pas de prothèse scintillant sous les crachats du néon cravaté.
W ma perte dans le voyage de ton sein de boue rose,
Estampes des délires tintants.
A retour à la racine effritée, pollen sans mâts.
Je t’aime H humaine, en mesures dévoilées, transgressions
D’absurdes interdits !
Interdite ma soif dans les temples de leurs censures hygiénistes !
Interdite, ma lucidité aux yeux de marguerite !
F clés bleues des inaudibles fusions avec notre histoire future.
M appels des miroirs qui m’aspirent
Dans la dimension de ton absence.
O pétale mon oreille qui fond dans la majorité de ce do mineur
Cognant contre les parois tenaces de mon essence de carbone.
V fièvre du phare grelottant sous les chaînes d’étoiles.
T cette fuite tenace de la couleur entêtée,
Suicide du peintre dans son rouge qui ne noircissait pas !
F bardes échevelés aveugles et barbus
Qui tentent vainement mais rageusement de la recréer,
La couleur sonore, aux vertigineuses saisons,
A ces preux qui donnent leurs vies aux roulis du temps,
A ces fous aux mèches absentes broyés
Sous la marche implacable du vent,
A ces feux vénérés dans les temples de l’inachevé !
Inachevée cette toile vile vide et froide,
Sous les rayons implacables du soleil
Et cette symphonie toujours dépassée par le cricri du grillon !
Ha ! Ha ! la rage du pinceau qui s’arrache les moustaches
De n’avoir pas su arracher les étoiles !
Ha ! Ha ! ce peintre saoul qui prépare, à l’aube,
La palette du crépuscule !
AZ, ZA éternel retour à la gomme,
A la virginité immaculée de la feuille
Qui ne sent pas passer, sur sa peau, le poids des lettres,
Le lourd souffle titubant des êtres !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




mardi 18 décembre 2012

Kaléidoscope


Eléphants  Salvador Dali 



A  ma soeur Saïda qui sait faire de merveilleux kaléidoscopes en papier



Des éléphants bleus
Traversent les savanes de mes dix ans
Roulis roses
De flûtes perchées,
Continent I de mes dilatations !
Dans l’extrémité de mes hémisphères orientaux,
Des dromadaires verts dansent.
Dans le tintement nomade
De leurs pas, pianotent
Les vertèbres sud de mon exil.
Pas de danse montant en notes cristallines,
Comme ces lumineuses écailles sautillant en jets,
Que gratte le couteau rouillé d’une mère fatiguée.
Yeux rêveurs du poisson aux nageoires éparpillées,
Ecailles explosant comme un feu qu’on rallume,
Comme ton souffle qui ravive le brasier !
Ecailles,
Mèches mordorées fusant en Ré !
J’ai vu des éléphants bleus
Passer par les savanes de mes dix ans
Et des chameaux de cuir
Danser, dans la brume des rues,
Blatérant tant de chansons.
C’est dans les cages des vitrines
Que je t’ai perdue,
Quand mon kaléidoscope
Est tombé dans la bassine
Où je voyais ceux de la marine
Chasser des interlopes !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

lundi 17 décembre 2012

Quand le soleil Desjardins se leva!



En écho à mon poème "Nature morte à Wounded Knee" et en solidarité avec le poète amérindien Léonard Peltier, voici ce pécieux présent de la squaw La Rouge: ce brûlot anti-yankee de Richard Desjardins







La nuit dormait dans son verseau,
les chèvres buvaient au rio
nous allions au hasard,
et nous vivions encore plus fort
malgré le frette et les barbares.

Nous savions qu´un jour ils viendraient,
à grands coups d´axes, à coups de taxes
nous traverser le corps de bord en bord,
nous les derniers humains de la terre.

Le vieux Achille a dit:
"À soir c´est un peu trop tranquille.
Amis, laissez-moi faire le guet.
Allez! Dormez en paix!"

Ce n´est pas le bruit du tonnerre
ni la rumeur de la rivière
mais le galop
de milliers de chevaux en course
dans l´œil du guetteur.

Et tout ce monde sous la toile
qui dort dans la profondeur:
"Réveillez-vous!
V´là les Yankees, v´là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V´là les Gringos!

Ils traversèrent la clairière
et disposèrent leurs jouets de fer.
L´un d´entre eux loadé de guns
s´avance et pogne
le mégaphone.

"Nous venons de la part du Big Control,
son laser vibre dans le pôle,
nous avons tout tout tout conquis
jusqu´à la glace des galaxies

Le président m´a commandé
de pacifier le monde entier
Nous venons en amis.

Maint´nant assez de discussion
et signez-moi la reddition
car bien avant la nuit,
nous regagnons la Virginie!"

V´là les Yankees, v´là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V´là les Gringos!

"Alors je compte jusqu´à trois
et toutes vos filles pour nos soldats
Le grain, le chien et l´uranium,
l´opium et le chant de l´ancien,
tout désormais nous appartient
et pour que tous aient bien compris,
je compterai deux fois
et pour les news d´la CNN:
Tell me my friend,
qui est le chef ici?
Et qu´il se lève!
Et le soleil se leva.

Hey Gringo! Escucha me, Gringo!
Nous avons traversé des continents,
des océans sans fin
sur des radeaux tressés de rêves
et nous voici devant vivants, fils de soleil éblouissant
la vie dans le reflet d´un glaive

America, America.
Ton dragon fou s´ennuie
amène-le que je l´achève.
Caligula, ses légionnaires,
ton président, ses millionnaires
sont pendus au bout de nos lèvres.

Gringo! t´auras rien de nous
De ma mémoire de titan,
mémoire de ´tit enfant:
Ça fait longtemps que je t´attends.
Gringo! Va-t-en! Va-t-en
Allez Gringo! Que Dieu te blesse!

La nuit dormait dans son verseau,
les chèvres buvaient au rio,
nous allions au hasard
et nous vivions encore plus fort
malgré le frette et les barbares.

                                           Richard Desjardins