mercredi 19 décembre 2012

Calligraphie



L'alphabet   Jean-Pierre Alaux




Cils O fleurs de printemps jaunes.
Enfant P du peintre aux V papillons sonores.
K foetus embaumé de vides râlant du brûlant vrai,
Cachots des nombrils.
Ventre I de la fièvre sans âges aux paumes frisées.
X ma connaissance en gestations dans les continents de l’amorphe.
Y son pas de prothèse scintillant sous les crachats du néon cravaté.
W ma perte dans le voyage de ton sein de boue rose,
Estampes des délires tintants.
A retour à la racine effritée, pollen sans mâts.
Je t’aime H humaine, en mesures dévoilées, transgressions
D’absurdes interdits !
Interdite ma soif dans les temples de leurs censures hygiénistes !
Interdite, ma lucidité aux yeux de marguerite !
F clés bleues des inaudibles fusions avec notre histoire future.
M appels des miroirs qui m’aspirent
Dans la dimension de ton absence.
O pétale mon oreille qui fond dans la majorité de ce do mineur
Cognant contre les parois tenaces de mon essence de carbone.
V fièvre du phare grelottant sous les chaînes d’étoiles.
T cette fuite tenace de la couleur entêtée,
Suicide du peintre dans son rouge qui ne noircissait pas !
F bardes échevelés aveugles et barbus
Qui tentent vainement mais rageusement de la recréer,
La couleur sonore, aux vertigineuses saisons,
A ces preux qui donnent leurs vies aux roulis du temps,
A ces fous aux mèches absentes broyés
Sous la marche implacable du vent,
A ces feux vénérés dans les temples de l’inachevé !
Inachevée cette toile vile vide et froide,
Sous les rayons implacables du soleil
Et cette symphonie toujours dépassée par le cricri du grillon !
Ha ! Ha ! la rage du pinceau qui s’arrache les moustaches
De n’avoir pas su arracher les étoiles !
Ha ! Ha ! ce peintre saoul qui prépare, à l’aube,
La palette du crépuscule !
AZ, ZA éternel retour à la gomme,
A la virginité immaculée de la feuille
Qui ne sent pas passer, sur sa peau, le poids des lettres,
Le lourd souffle titubant des êtres !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




4 commentaires:

  1. Cet abécédaire est le brillant successeur de celui de Rimbaud, après les couleurs, les idées, les images, quelle incroyable maîtrise des mots, je suis impressionnée!

    RépondreSupprimer
  2. Merci beaucoup, Orfeenix, de ton appréciation. Elle me comble de joie; par rapport à l'immense Rimbaud, j'ai ajouté les consonnes.

    RépondreSupprimer
  3. Je suis saisie par cette construction. Saisie car elle prend une forme très abstraite quand j'en fais la lecture comme si je me retrouvais devant un bol d'eau miroir qui diffuse des images en accélérés. Magnifique comme toujours.

    RépondreSupprimer
  4. Tu as raison, La Rouge, c'est une cascade d'images qui se déroulent très rapidement et l'ambiance poétique globale est à cheval sur le pictural et le cinématographique. Merci de la finesse de ton analyse et de ton appréciation.

    RépondreSupprimer