lundi 24 décembre 2012

J'écris

Paul Abott





J'écris avec le râle de ma valise
Remplie d'algues et de corail.
J’écris avec l’encre de mon ombre,
Affiche de mes nuits.
J’écris une langue comète
Aux rides assoiffées.
J’écris les nymphes
Caressant mes pieds d’étranger,
La spirale verte
De ma titubante amnésie.
J’écris avec les baves de l’éclair,
Cette déchirure du texte sans étoiles,
L’envol mousseux du triangle,
Le rat aux griffes de chat
Qui interroge les égouts,
Ruisseaux coulant des masques
De nos morts inavouées,
Peaux froides de cadavres froissés
Comme ces paquets de frileuses raisons
Que tu inocules à ton enfant, en toutes saisons
Comme ces chimères que tu caresses
Dans tes ronflements de cube tamisé,
Quand tes oreilles de cire
Fondent dans la cire noire
Des phonos de la peur,
Perte d’extension,
Tubes aux arômes de plastique
Puant dans la crème
De ce four ébouriffé
Où tu éjacules ta peur cravatée !
J’écris avec ce rat qui mâche des étoiles
Et téléphone aux muses
Avec ce croissant-gondole !
J’écris avec ses numéros épileptiques,
Ecumes rouges
Léchant la flamme du bateau
Qui ne reviendra plus !
J’écris, sans ancre,
Avec ma valise qui vole
Comme cette symphonie nerveuse des mouettes !
Poisson d’eau douce,
Sirote ta mort !
Le rat et moi,
Nous peignons,
Sur les écailles jaunes du trottoir,
Des transes d’éclairs
Trop chauds pour les gorges des fourmis !
Dors, mort inavouée !
Le rat et moi,
On a bu le poème !




© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




13 commentaires:

  1. J'adore ce poème. Chaque vers est une puissante acrobatie tout à la fois intelligente et psychédélique.

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    1. Tes mots me vont droit au coeur, cher poète!

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  2. C'est fou ce que ce poème te ressemble! Surréaliste et puissant! Les dix premiers vers me donnent des frissons... Je re découvre tes Arpèges ici avec une délicieuse rage, c'est bon de te lire.

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    1. Je frissonne de tes frissons bleus, chère Blue; tu as toujours compris et soutenu si généreusement et empathiquement ma poésie. Tu m'as toujours aidé en cela avec ton proverbial grand coeur de Mahatma ( "grande âme" en Sanscrit). J'ai créé ce blog afin de donner à mes Arpèges leur droit d'exister et d'être lus en ces temps consuméristes et thanatiques de dépoétisation.

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  3. Quelle merveille, comme tu sais traduire les affres sublimes de la création, en effet , tu écris comme on accouche, dans l' allégresse et la douleur.

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    1. Je savais Orfeenix que la poésie du barde Mokhtar allait te sublimer! L'autre fois sur Facebook en mettant en ligne trois de ses poèmes(Les arpèges sur les ailes de mes ans),tu avais écrit:" C' est magnifique,j' ai quitté la terre!"
      Sans avoir eu un quelconque contact avec Mokhtar, il avait surgi du fin fond de sa mélopée-avec la grâce d'Hélénablue-pour déployer sa verve et ses vers magnifiques!

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    2. Merveilleuse Orfeenix, chère poétesse, ta lecture profonde et si percutante de mes poèmes, me comble de joie. Merci de ton soutien et aide sur Facebook. C'est Bizak qui vient de nous l'apprendre (je reviendrai bientôt à Facebook, après avoir mis sur pied ce blog).Je suis si content que mon bébé t'ait tant plu.

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  4. Jamais je ne me suis autant abreuvé de poèmes que pendant cette fin d'année où on nous avait prédit l'explosion de la terre alors que c'est "l'explosion des poètes" ,(dans le sens positif du terme), qui a eu lieu, apportant un tsunami de poèmes!Je me couche avec de la poésie, je me réveille avec de la poésie!vivement la nouvelle année avec encore des poètes.

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    1. Cher Bizak, que ce tsunami poétique submerge pour toujours la terre afin de l'inonder d'amour et de paix! Nous avons le droit vital de rêver! Nous vaincrons! Le blog d'Hélènablue a toujours été ouvert à tous les points cardinaux et l'est toujours!

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  5. C'est une sonorité des tréfonds de la terre, un fluide rouge qui traverse la roche volcanique. Écrire, c'est le souffle qui met le feu. Magnifique.

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    1. La chère Rouge qui reconnaît le rouge feu, le rouge sang , ces laves ontiques de l'être qui sourdent en nos tréfonds! Nos feux se rejoignent dans cet interminable flam(m)enco poético-pictural!

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  6. "J’écris avec les baves de l’éclair,
    Cette déchirure du texte sans étoiles"

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  7. Bienvenue, très chère Brigitte. Alors, écrivons!

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