mardi 25 décembre 2012

Le départ de l'oiseau-poisson






        A la mémoire du vaillant  Nasser Zaouali, plongeur corailleur (5/4/1961-23/6/1986)  que la mer nous a ravi




Le sel de mes larmes, ce matin,
Se mélange à celui glacé de la mer.
Ce bleu linceul,
Qui t’a pris dans ses rais de verre,
Se referme à toutes ces mains qui t’appellent !
Rêveur vêtu d’algues,
De proues
Et d’atolls flamboyants,
Tu fouillais, de tes mille doigts d’enfant amusé,
Cet écrin du monde
Où le monde, en lumière, toujours, se disait
Et tu oubliais, mon frère,
Qu’un cerbère assoiffé de sang et rusé
T’attendait,
Te guettait,
Juché là,
Phasme d’entre les rochers,
Soudoyant Caron le vieux nocher,
Se faisant, tantôt pieuvre,
Tantôt méduse,
Tantôt hippocampe
Et souvent raie.
Tu riais, t’amusant avec ce lâche Protée
Qui aiguisait ses dards,
Ses harpons
Et te tendait ses obscurs filets.
Te déployant en brasses émerveillées,
Tu dépliais ces feuilles scintillant d’eau, d’écailles et de nacre.
Emporté par le courant de ce si lourd livre des mers,
Tu ne pouvais savoir que tu en étais déjà la plus belle des pages
Ajoutée à celle de tant de rêves, d’épopées et de naufrages.
Ce soir, me parviennent de toi, du fond des coquillages,
Ces contes que déclament les mères à leurs enfants éblouis
Par ta beauté, ta bonté, ton courage et tes défis.
Même l’air, pour toi, avait plein d’attrait.
L’envergure de tes ailes en dévoilait tous les secrets.
En s’ouvrant, elles t’ouvraient les abysses du ciel
Et, narquois, tu narguais la lâche pesanteur.
Enfant de plumes et de palmes,
Oiseau-poisson aux écailles de lune,
Ton sourire amphibie, de corail allumé,
Souffle, du revers de la main,
Mes bougies de pleureur affalé,
Me conviant à moquer,
Partout et toujours, la mort et ses stupides forfaits
Pour oublier cette interminable nuit
Où les étoiles, en trébuchant, s’éteignaient
De t’avoir tant pleuré !
Même les phalènes,
Toutes frémissantes
Dans leur frêle agonie,
Ne cessaient de te réclamer !
Nasser mon frère, mon frère Nasser !
Enfant de plumes et de palmes,
Auguste habitant des mers et de l’Ether !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


4 commentaires:

  1. Merci Mokhtar ce poême me a touché. Salutations de l'Allemagne, Isabella

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  2. Chère Isabella, ta sensibilté si humaine me touche énormément.Merci beaucoup.

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  3. Mon cher Mokhtar,
    merveilleux texte des profondeurs de larmes humaines qu'est le tien !
    J'aime ton écriture, ses intonations vivifiantes et cette fluidité qui soulève l'épiderme.
    Merci !

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  4. Mon cher ami Guillaume,merci pour tes mots et appréciations qui sont un vrai baume.

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