lundi 17 décembre 2012

Quand le soleil Desjardins se leva!



En écho à mon poème "Nature morte à Wounded Knee" et en solidarité avec le poète amérindien Léonard Peltier, voici ce pécieux présent de la squaw La Rouge: ce brûlot anti-yankee de Richard Desjardins







La nuit dormait dans son verseau,
les chèvres buvaient au rio
nous allions au hasard,
et nous vivions encore plus fort
malgré le frette et les barbares.

Nous savions qu´un jour ils viendraient,
à grands coups d´axes, à coups de taxes
nous traverser le corps de bord en bord,
nous les derniers humains de la terre.

Le vieux Achille a dit:
"À soir c´est un peu trop tranquille.
Amis, laissez-moi faire le guet.
Allez! Dormez en paix!"

Ce n´est pas le bruit du tonnerre
ni la rumeur de la rivière
mais le galop
de milliers de chevaux en course
dans l´œil du guetteur.

Et tout ce monde sous la toile
qui dort dans la profondeur:
"Réveillez-vous!
V´là les Yankees, v´là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V´là les Gringos!

Ils traversèrent la clairière
et disposèrent leurs jouets de fer.
L´un d´entre eux loadé de guns
s´avance et pogne
le mégaphone.

"Nous venons de la part du Big Control,
son laser vibre dans le pôle,
nous avons tout tout tout conquis
jusqu´à la glace des galaxies

Le président m´a commandé
de pacifier le monde entier
Nous venons en amis.

Maint´nant assez de discussion
et signez-moi la reddition
car bien avant la nuit,
nous regagnons la Virginie!"

V´là les Yankees, v´là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V´là les Gringos!

"Alors je compte jusqu´à trois
et toutes vos filles pour nos soldats
Le grain, le chien et l´uranium,
l´opium et le chant de l´ancien,
tout désormais nous appartient
et pour que tous aient bien compris,
je compterai deux fois
et pour les news d´la CNN:
Tell me my friend,
qui est le chef ici?
Et qu´il se lève!
Et le soleil se leva.

Hey Gringo! Escucha me, Gringo!
Nous avons traversé des continents,
des océans sans fin
sur des radeaux tressés de rêves
et nous voici devant vivants, fils de soleil éblouissant
la vie dans le reflet d´un glaive

America, America.
Ton dragon fou s´ennuie
amène-le que je l´achève.
Caligula, ses légionnaires,
ton président, ses millionnaires
sont pendus au bout de nos lèvres.

Gringo! t´auras rien de nous
De ma mémoire de titan,
mémoire de ´tit enfant:
Ça fait longtemps que je t´attends.
Gringo! Va-t-en! Va-t-en
Allez Gringo! Que Dieu te blesse!

La nuit dormait dans son verseau,
les chèvres buvaient au rio,
nous allions au hasard
et nous vivions encore plus fort
malgré le frette et les barbares.

                                           Richard Desjardins

9 commentaires:

  1. Je suis heureuse de vous le faire découvrir, il est un grand poète. La squaw Roja vous salut. ;) Bon lundi.

    RépondreSupprimer
  2. Oh, oui! Grâce à toi, mon lundi n'en a été que plus ensoleillé par cet immense poète et chantre de la liberté qu'est Richard Desjardins. Muchas gracias hermosa squaw Roja. Gracias!!!

    RépondreSupprimer
  3. Quel joli duo, c'est le pendant des précieux camées , j' ai savouré les deux textes, il s' opère d' exceptionnelles fusions sur ce site!Bravo aussi pour la prudence devant " l' american dream".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as raison , Orfeenix, pour ces belles fusions qui cassent les murs et font fleurir des ponts. la poésie est grande magicienne pour celles et ceux qui savent la lire et écouter. Par rapport aux crimes et massacres dont parlent les deux textes, c'est plutôt l'american scream!

      Supprimer
  4. D'entendre Richard m'a tellement émue, que j'ai fait une sale erreur d'orthographe sur son nom, d'où la suppression de mon commentaire!
    Je m'extasais de l'entendre, une fois de plus, j'aime tant cet artiste...

    RépondreSupprimer
  5. Les textes de Desjardins m'ont longuement habité. Il est un honorable poète chantant, et ses écrits sont empreints de vérité.

    Il y aurait certainement cette chanson, Les Fros, qui pourrait vous intéresser. D'une triste délicatesse. Les dernières paroles, comme le reste, sont simplement vibrantes.

    J'ai l'impression de vivre un brin de mon histoire lorsque je l'écoute.

    RépondreSupprimer
  6. Je suis très content de l'avoir découvert. C'est la belle chanson engagée qui reste sublimement poétique, sans jamais tomber dans le tractuel. Ce que chante Desjardins a une envergure humaine et internationale qui interpelle tout être qui refuse toutes les formes d'injustice. Je viens d'écouter Les Fros; sublime avec son introduction pleine d'humour corrosif contre les vampires des multinationales et leurs crimes de lâches pollueurs. Merci, Michael.

    RépondreSupprimer
  7. Ah! Les fros... génial. Moi je laisse mon deuxième texte préférée... les derniers humains est mon album préféré.

    http://www.youtube.com/watch?v=3d68Pw-lrhI

    Akinisi

    " C'est quand même incroyable qu'on soit encore vivants
    à cent mille sous zéro et depuis cent mille ans.
    Peu importe comment le décor te programme,
    c'est toujours les tropiques quand tu aimes une femme.

    " Tout commença quand ils se sont perdus un jour ;
    le traîneau de secours s'est perdu à son tour.
    Le caribou couché dans la gueule du loup
    j'ai pris de vieilles étoiles pour me faire un igloo. "

    Dans la toundra
    Sursum corda.

    Pourquoi Alashuack me parle-t-il ainsi,
    tourisme de nylon, aliène que je suis ?
    Dans un ciel éclaté aux bouches des cratères
    je me demande si nous sommes encore sur terre.

    " J'ai bel et bien perdu la trace, me dit-il,
    ne tentons pas la panique, c'est inutile.
    Je suis une légende et toi t'es une affaire,
    j'te donne l'éternité et tu me donnes une bière.

    Dans la toundra
    y a des bons gars.

    Le petit point là-bas, qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est ?
    Un trou dans la glace ? Un loup dans ma trace ?
    Ici, c'est comme ailleurs, c'est comme la mémoire,
    tout ce qui s'éloigne prend la couleur du noir.

    Un météore blasé, un casino viking ?
    Une armée en déroute, quelqu'un qui nous fait signe ?
    Ton ennemi juré qui te voit dans sa mire
    ou l'homme de pierre t'épargnant le pire ?

    Dans la toundra
    tu ne sais pas.

    Peut-être le beau temps découvrant la rocaille,
    des animaux masqués en smoking funérailles.
    La pauvre kipaluk accouplée à son chien,
    ils auront les yeux bleus, des dollars plein les mains.

    La carcasse de l'avion, le pilote aux yeux fixes ;
    la cargaison d'alcool de l'hiver de trente-six,
    ils l'ont toute bue pendant que les bêtes passaient.
    Rappelle-toi, petit, la mort n'arrive jamais

    Dans la toundra
    'est déjà là.

    Akinisi, aussi, je crois que je l'attends.
    Elle est passée comme une outarde au printemps.
    Si tu savais combien d'années il a fallu
    pour qu'elle vienne sur ma couche toute nue.

    Elle est sourde et muette et secouée de transes,
    elle s'en fut se marier à un mur de silence.
    J'entends parfois la nuit sa prière électrique.
    Quel oiseau de malheur, ô quel chant magnétique.

    Dans la toundra
    Kamasutra.

    Vous autres, vous dites que le monde est petit ;
    jamais pourtant je n'ai revu Akinisi.
    Le petit point là-bas, c'est peut-être le chasseur
    qui pose son fusil, le soir, près de son c'ur.

    S'il ramène de la viande il aura de la peau
    et encore des enfants pour manger le troupeau
    qui s'en va, qui s'en va, qui s'en va.
    Akinisi, viens ici, dans mes bras !

    C'est quand même incroyable qu'on soit encore vivants
    à cent mille sous zéro et depuis cent mille ans.
    Peu importe comment le décor te programme,
    c'est toujours les tropiques quand tu aimes une femme.

    J'ai la trajectoire, la tension et la cible.
    Mon rêve a le métal des armes inadmissibles.
    Je mangerai les dieux tombés à mes côtés
    et je ne plierai que devant la beauté.

    Je sens déjà rouler le frisson sur ma nuque,
    mon âme s'envoler dans un blizzard de sucre.
    Je savoure mon thé et je ferme les yeux.
    Mourir de froid, c'est beau, c'est long, c'est délicieux.

    Je me perdrai encore et encore, tant que
    je n'aurai pas trouvé cet être qui me manque.
    Pour célébrer cela, tu vas faire quelque chose ;
    en arrivant au sud, tu m'envoies une rose.

    Dans la toundra
    ou au-delà. "

    RépondreSupprimer
  8. La Rouge, encore une fois, merci de ta générosité.Je t'offre une roseraie!!!

    RépondreSupprimer