lundi 17 décembre 2012

Nature morte à Wounded Knee*

Le camp indien après le massacre

Sioux

Fosse commune où ont été jetés les Indiens massacrés



En hommage aux Indiens d'Amérique et à la mémoire de ceux qui ont été massacrés 






Roses !
Pollen sur mon mât ivre,
Dessinant des nuées de mouettes,
Dans les tracés brumeux de mes mille pôles sans repères.
Les poissons ont mangé la boussole,
Christophe n’a plus rien à découvrir !
Rien !
Seulement un mensonge !
Le culte ensanglanté d’une erreur !
Naturalisation de la mort en sèves de vie.
Le carbone roi et la poudre ivre
Déplument mon poème à Wounded Knee !
Poudre ivre, images brisées des faces tatouées de squaws !
L’aventure du tic-tac de verre,
Cette laisse royale qui a traversé l’océan de mon histoire
Pour être mise à mon cou de libre Sioux !
Ce voyage, expédition financée de gras pesetas !
Bien avant moi, il y a les Aztèques
Et cet astronome bourré de chimie, dans l’asile !
Avant moi, il y a moi crevant sous mes propres flèches
Et le sang vert de la fleur sauvage.
Natures mortes,
Mort de l’usage,
Mort du fou rire
Qui abattait bisons et volcans.
Il y a mon totem qui vomit au musée,
Ma femme dénudée à coups de crosses,
A coups de pistolets,
Devant les caméras des touristes excités.
Têtes d’hyènes,
Palais et bureaux des grammaires indigènes !
Il y a moi, dans ma mort,
Au creux de leurs miroirs zoologiques,
De leurs livres trafiqués craquant de contre-vérités,
De leurs geôles, de leurs colonnes de guêpes
Aux dards de métal
Eclatant la peau rose de mon étalon soleil !
Il y a moi cadenassé dans les réserves
De leurs banquets d’impitoyables banquiers
Il y a moi,
Mon aube incendiée, dans les tentes
Et l’aigle délogé
Qui s’enivre dans de boueux clapiers !
L’aigle déplumé, chassé
Des montagnes d’or
Qui dort, ivre-mort, dans cette réserve,
Loin des réservoirs de pétrole,
Ma desénergie !
Moi qui me saoulait de soleil,
Moi qui lisait l’ardeur multicolore
De mon rouge carquois, mon poème !



*A Wounded Knee, le 29 décembre 1890, entre300 et 350 Indiens ont été sauvagement massacrés par l'armée américaine.


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

7 commentaires:

  1. Cher Mokhtar,
    quel hommage, quel élan viscéral !
    Tes mots cognent, interpellent jusque dans nos tripes.
    Pas de demi-mesure dans ce regard humaniste et gorgé de révolte.
    Si tes mots sont fait de braises, ce n'est que pour nous prendre la main et nous réchauffer !

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    1. Très cher Guillaume,
      Le massacre des Indiens restera une honte indélébile!
      En effet, il ne peut être question de demi-mesure face à une telle horreur!

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  2. Ici, nous avons tous le sang indien tatoué dans nos veines dans notre passé, dans notre présent et dans notre avenir. Le génocide lent continue, sournois, insidieux... la conquête anglaise fait bien des ravages sur de longues années.

    Ça me touche beaucoup. Le sujet me brûle, il est lié a la nature, au sol que je foule. L'amérindien a de quoi se débattre pour les prochaines années mais je suis confiante, ils trouveront leurs chemins.

    Je te partage un texte d'une chanson d'un poète d'ici. Richard Desjardins. C'est une de mes chansons préférées. Elle revient souvent dans mes propos mais bon... au cas où tu ne connaîtrais pas. Désolée pour le roman en trois actes. ;)

    LES YANKEES (http://www.youtube.com/watch?v=Kv67u9l-3KQ)

    La nuit dormait dans son verseau,
    les chèvres buvaient au rio
    nous allions au hasard,
    et nous vivions encore plus fort
    malgré le frette et les barbares.

    Nous savions qu´un jour ils viendraient,
    à grands coups d´axes, à coups de taxes
    nous traverser le corps de bord en bord,
    nous les derniers humains de la terre.

    Le vieux Achille a dit:
    "À soir c´est un peu trop tranquille.
    Amis, laissez-moi faire le guet.
    Allez! Dormez en paix!"

    Ce n´est pas le bruit du tonnerre
    ni la rumeur de la rivière
    mais le galop
    de milliers de chevaux en course
    dans l´œil du guetteur.

    Et tout ce monde sous la toile
    qui dort dans la profondeur:
    "Réveillez-vous!
    V´là les Yankees, v´là les Yankees
    Easy come, Wisigoths,
    V´là les Gringos!

    Ils traversèrent la clairière
    et disposèrent leurs jouets de fer.
    L´un d´entre eux loadé de guns
    s´avance et pogne
    le mégaphone.

    "Nous venons de la part du Big Control,
    son laser vibre dans le pôle,
    nous avons tout tout tout conquis
    jusqu´à la glace des galaxies

    Le président m´a commandé
    de pacifier le monde entier
    Nous venons en amis.

    Maint´nant assez de discussion
    et signez-moi la reddition
    car bien avant la nuit,
    nous regagnons la Virginie!"

    V´là les Yankees, v´là les Yankees
    Easy come, Wisigoths,
    V´là les Gringos!

    "Alors je compte jusqu´à trois
    et toutes vos filles pour nos soldats
    Le grain, le chien et l´uranium,
    l´opium et le chant de l´ancien,
    tout désormais nous appartient
    et pour que tous aient bien compris,
    je compterai deux fois
    et pour les news d´la CNN:
    Tell me my friend,
    qui est le chef ici?
    Et qu´il se lève!
    Et le soleil se leva.

    Hey Gringo! Escucha me, Gringo!
    Nous avons traversé des continents,
    des océans sans fin
    sur des radeaux tressés de rêves
    et nous voici devant vivants, fils de soleil éblouissant
    la vie dans le reflet d´un glaive

    America, America.
    Ton dragon fou s´ennuie
    amène-le que je l´achève.
    Caligula, ses légionnaires,
    ton président, ses millionnaires
    sont pendus au bout de nos lèvres.

    Gringo! t´auras rien de nous
    De ma mémoire de titan,
    mémoire de ´tit enfant:
    Ça fait longtemps que je t´attends.
    Gringo! Va-t-en! Va-t-en
    Allez Gringo! Que Dieu te blesse!

    La nuit dormait dans son verseau,
    les chèvres buvaient au rio,
    nous allions au hasard
    et nous vivions encore plus fort
    malgré le frette et les barbares.

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    1. Que ton roman , La squaw Rouge, soit de mille et un actes et plus! Ta présence ici est toujours si enrichissante. Je me joins à ta douleur et à celle de ton peuple qui vaincra, j'en suis certain, grâce à son intelligente et courageuse détermination! J'essaie, à ma manière, d'apporter ma contribution à ce noble et juste combat. Merci pour cette cime poétique chantée par Richard Desjardins que tu me fais découvrir et dont tu honores mon blog.

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  3. Merveilleuse chanson de Desjardins, ça rejoint le poème de mokhtar sur le massacre des autochtones partout dans le monde depuis des siècles!Mais la chanson que tu nous a joint,La Rouge, m'a vraiment remué les tripes comme ce poème d'ailleurs!C'est merveilleux de rendre hommage à ces oubliés pour dire qu'on oublie pas. Merci!

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  4. Poème saisissant et torturant, nous qui avions vécus dans nos chairs de nos ancêtres, l'expropriation, les exécutions et loin des caméras bien sûr!le yankee aujourd'hui a juste changé de peaux...rouges!

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  5. Bizak, il faut toujours lutter contre l'organisation systématisée de l'amnésie des peuples qui veut occulter les crimes abjects commis contre eux, un peu partout dans le monde entier!
    Chacun de nous doit/peut y contribuer avec ce dont il dispose.

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