mardi 11 décembre 2012

Au-dessus des rails

Time train     Magritte


Vole, mon beau train, vole 
Vers ces vastes chemins.
Sois plus léger que cette plume sans parchemin
Qu’écrit, en l’enivrant, le vent de ses mille mains,
Pour lui faire oublier, dans sa danse sans fin,
Ses tourments d’un amour incompris.
Vole, mon train, vole, loin de toutes ces insomnies,
De tous ces cris qui assourdissent, chaque nuit,
La patiente pendule qui prie,
Qui supplie ce cœur qui gémit
De s’accorder un répit,
Un court sommeil, une trêve, un rêve, un lit.
Mais qu’est-ce donc que cet amour qui punit ?
Vole, mon doux train, vole
Avant que je ne perde la raison.
Fais-moi goûter cette nouvelle saison !
Ouvre-moi la clémence de ses moissons ! 
Emporte-moi, avec celle que j’aime,
Vers des jours où l’on sème
Plein de graines pour de beaux horizons
Que dessine cet ange de ses joyeux crayons
Qui gravissent, en couleurs pressées, les rayons
D’un soleil, d’une lune qui s’uniront
En bouquets de rires et de frémir
Plus libres, plus ivres qu’un délire,
Que tous ses si légers ballons,
Jusqu’à l’aube de multiples frondaisons !
Volons, mon train, volons, 
Au-dessus des rails en chansons !



© Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs"

8 commentaires:

  1. Je crois que ce poème me rappelle bien des choses! Moi, je les vois partir, les trains! je ne les vois pas revenir!

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    1. Mais, Bizak, un train c'est fait pour partir.Ou du moins, peut-être n'étais-tu pas dans la bonne gare, à la bonne heure?!
      Y aurait-il eu déraillement? Mystère, mystère!!!

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  2. C' est une jolie sublimation de l' ambivalence de l' amour, à la fois capable de combler et source de souffrance, tu montres bien que le temps peut être allié ou ennemi...Quel site magnifique!

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    1. Orfeenix, bienvenue chez toi! Lecture très pertinente du poème surtout cette "ambivalence de l'amour".
      Merci de ton appréciation de mon travail. Je suis tout nouveau dans la blogosphère et, chaque jour, j'apprends un peu plus.

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  3. Le sens caché de ce poème dévoile en toi, une subtilité de poète qui n'est pas à la portée de tous.
    Roger

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    1. C'est aussi codé que le langage sibyllin des fleurs et des pierres,entre autres, dirais-tu, cher Roger. A force de parler aux jardins, ils t'ont offert une sacrée acuité de décodage intuitif.
      Néanmoins, toutes les autres lectures ont le droit d'être à leurs façons des réécritures. Une infinité de possibles!

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  4. Je lis et relis
    la musique
    de votre poème
    Cela s`envole
    avec grâce...
    Belle journée à vous Mokthar

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    1. Très chère Brigitte, tu le lis et relis, comme si tu le chantais, en somme! Quelle chance inouïe pour ce poème!
      Cela me comble de joie!

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