samedi 19 janvier 2013

Attente vespérale

Kathy Jones





Quand ton absence
Dessèche le ciel de sa lumière,
Le soleil, pour son bain de noces,
Chasse, des noeuds noirs de ses fléaux,
Les troupeaux attardés sur des pentes arides.
La fourmi rouge, attelée au char d’une miette,
Enfouit ses victoires
Là où, toujours,
S’empêtre la taupe et frémit le coquelicot.
Dans la fureur des sillons fumants,
Le hanneton et le ver se dispersent,
En d’inaudibles rubis flamboyants
Crachés par un vieux funambule
Rêvant de trapèzes, de balançoires, de sauts
Parfumés d’étoiles et de vides tourbillonnants.
La fleur, dans sa splendeur,
S’offre aux dards voraces d’un essaim agité.
Elle parfume, un dernier soir,
La mémoire de tant de parcours sages,
Avant la lame précise et sans grâce
Du couteau,
De la hache
Qui attendent,
A l’abattoir,
Le docile troupeau.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


15 commentaires:

  1. Tout bonnement magnifique ! Tes poèmes tissent très large, tu ouvres les bras dans un angle immense, quand ton coeur écrit, Mokhtar, tu les ouvres vers de nombreuses galaxies, tu sais l'universel, et cependant, tu as ce don de fournir à ton lecteur une loupe, afin qu'il observe les plus petites et miraculeuses choses.

    Au demeurant, cette toile de Kathy Jones est si belle : farder ses spectres de jouvence, de renouveau artistique.

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    1. Tu m'as très bien saisi, cher Guillaume! C'est affaire de loupe qui casse cette fausse hiérarchisation entre ce qui serait essentiel et ce qui ne le serait pas! La poésie loge partout!
      L'oeuvre de Kathy Jones est, en effet, sublime d'intelligence et de finesse!

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  2. Si les mots ont un sens, ici ils forment une voûte harmonieuse et musicale...

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    1. Merci beaucoup, cher Jeanmi d'avoir capté en profondeur ma construction poétique. Bienvenu et c'est un grand honneur pour moi de vous lire ici. Je viens de découvrir, avec beaucoup de bonheur, votre merveilleux blog.

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  3. Bonjour Mokhtar

    Les physiciens ont mis en équation l'espace et le temps, tu as le don de le les unir dans tes poèmes à la façon d'un minutieux joailler qui prend plaisir à iriser chaque facette de ses vers !
    Merci pour ce joyau

    Serge

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  4. Quelle version musicale et onirique du spleen baudelairien !C' est du Dali!Ce texte est " triste et beau comme un grand reposoir" à l' image de " la persistance de la mémoire".

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  5. Absolument, cher Serge, mon poème est un rendez-vous , une sorte de creuset où fusionnent l'espace et le temps, où ils échangent l'un l'autre leurs vocables et vocalises. Je suis vraiment ravi que mes vers te plaisent, cher poète.

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  6. Tes mots si gratifiants, chère Orfeenix, me réchauffent le coeur!

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  7. C'est extraordinaire, comment on peut redonner vie par la poésie, à ce microcosme qui parait silencieux et presque inutile mais tellement vivant et parfaitement présent et indispensable à la terre, à notre terre! Seul un poète peut décrypter et comprendre ce foisonnement et cette richesse de la vie!

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  8. Tu le fais si bien, à ta manière, toi aussi, cher Bizak!
    Je t'invite ainsi que tous nos amis à aller déguster ce grand film qu'est Micocosmos: http://www.encyclovideo.net/microcosmos-le-peuple-de-l-herbe.html

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    1. J' adore ce film: entre les fourmis poursuivies par le cataclysme de la pluie, le petit bousier qui porte son fardeau comme Sisyphe et le ballet amoureux des escargots! Plus qu' un documentaire animalier , c' est une méditation sur la condition humaine!

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  9. Tu as raison, chère Orfeenix, microcosmos est un véritable traité poético-philosophique! Sublime de magie et d'enseignements!

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  10. Le fourmillement de la terre. Que ce soit au dessus ou en dessous, le troupeau suit un schème similaire. Quand on regarde des grains de sable en macro, ils ont la forme du cosmos. Tout est lié.

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  11. Je n'ai pas pris mon café. J'ai le cerveau dans le brouillard. Ce poème est superbe.

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  12. Absolument, chère Rouge, c'est toute la dialectique entre micro et méga! Cela rejoint le splendide Micromegas du grand Voltaire! Bon café!
    Merci pour ton appréciation de mon poème!

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