jeudi 31 janvier 2013

Chagrin d'oued

Paul Murray





Ne pleure pas Joumine,*
Oued de mes dix ans !
Mon ombre se dessine,
En haillons lumineux, sur tes étoiles.

Ne pleure pas !
Cette poupée, fée de lyre,
Danse sur les lames de l’horizon,
Tranches de nuit
Que tu bois dans tes ivresses,
Oraison des séparations.

Ton supplice qui atteint mes lèvres
S’agrippe à mon cou et le serre,
Comme un chant solitaire
De vin bu à tes naissances.

Il me baigne, de lauriers, jusqu’à l’absence.
Danse, mais danse donc, mon oued !
Chasse, au loin, cette affreuse mine morose !
Reprends ton cours heureux !

Regarde, sur tes doigts roses,
S’est posée une colombe bleue !
Ecoute ses caresses !

Ce train, pour lequel clapote
Le mouchoir de ton onde,
Ne reviendra plus !

Ô ne pleure pas !
Mais ne pleure plus !
Chasse, donc, tes détresses !
Patience, car, un jour, tout cesse,
Dans ces roulis de la vie !
Rendors-toi, dans ton lit,
Mon oued et oublie !





*Oued qui traverse ma ville natale Mateur (à trente kilomètres de Bizerte).







© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


8 commentaires:

  1. Bonjour Mokhtar,

    On sent bien la séparation... de chaque côté une vie et des larmes qui s'écoulent, des larmes du temps, des larmes d'amour, des larmes d'abandon... ou de débordement qui met tout sens dessus dessous...

    Bonne journée au soleil



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  2. Bonjour, chère Moun
    Lecture fort pertinente que la tienne! Que tes jours soient ensoleillés dans tous les sens!

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  3. El poema cuando más triste mas hermoso es, un placer.
    que tengas una buena semana.
    un abrazo.

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    1. Muchas gracias por tu apreciación, caro Ricardo. Un abrazo, tambien.

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  4. Que c' est beau de pouvoir parler de son lieu de naissance avec une si émouvante nostalgie ,le petit garçon c' est l' enfance qui s' éloigne et dont le souvenir est alimenté par une source sans cesse renouvelée.

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  5. Tu l'as vraiment très bien senti mon poème, chère Orfeenix.

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  6. Bonjour Mokhtar


    Ces fleuves qui charrient nos souvenirs et dont les rives gardent le parfum de nos enfances.

    Tes mots son toujours aussi émouvants !

    Amitiés

    Serge

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    1. Tu as tout à fait raison, cher Serge. L'oued Joumine compte énormément pour moi, depuis mon enfance et il es immanent à ma poésie. A ma façon ,je lui rends hommage.
      Toutes mes amitiés

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