jeudi 3 janvier 2013

Paysages de mépris

La moisson  Kazimir Malevitch



Tu supportes les coups qui t’accablent
Et les symphonies folles des loups.
Aussi nu que le fer,
Tu dévores la rouille.
Fragile comme le ver,
Sous un éclair,
Tu marches, chantes et danses
Sur la terre qui tourne
Et que tu retournes
Dans sa rondeur pleine d’eau,
De sève, de pétrole,
De fer, d’or,
De cuivre et d’acier.
Purs minerais,
Immenses trésors
Enfouis dans sa chaleur.
Terre accroupie
Aux tresses d’asphalte,
Ô rondeur charitable !
Ô terre aveugle !
Tu sens, tu caresses,
Tu te réveilles et te couches,
En serrant les mains misérables
Des misères de ceux qui te travaillent.
Ô rondeur charitable !
Ô terre aveugle !
Ne les reconnais-tu pas, ces mains ?
Pour toi, tous les doigts se ressemblent.
Mais il y a les mains des voleurs
Qui volent tout
Et ne laissent rien
A ceux qui te connaissent,
Chantent, dansent et suent
Sur tes flots flancs d’amour terrestre et chaud.
Ô rondeur charitable !
Ô terre aveugle !
A ceux qui te donnent rendez-vous,
Chaque jour, chaque nuit,
Chaque siècle et toujours.
A ceux qui, pour toi, ont le dos courbé,
Tes fruits doux sont défendus.



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

7 commentaires:

  1. Enfin, entendre parler de notre mère la terre malmenée sans mièvrerie ni complaisance, sous ta plume chaque idée gagne en puissance et beauté. Quel porte- parole!

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    1. Oui, Orfeenix, je veux que ma poésie dise notre terre mère et surtout ceux qui l'aiment vraiment, en créant les richesses mais qui en sont privés.

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  2. Rouge colère. J'aime aussi beaucoup. Sans elle, on en peut dénoncer. J'ai eu en tête une chanson qui malheureusement ne se retrouve pas sur YouTube. Je t'enverrai pas courriel. Je te laisse les paroles si je déniche dans un prochain commentaire. Bon matin Mokhtar.

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  3. J'ai enlevé pour ne pas embourbé ton lieu mais j'ai mise dans la chambre. :)

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    1. En effet, La Rouge, on ne peut que s'indigner tout rouge devant tant d'injustice!
      Tu aurais honoré ce lieu par ce si beau texte! Mon espace est le tien et vice versa.
      Je cours le découvrir dans la chambre!

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  4. Poème d'une profondeur incommensurable!
    Cette terre que...
    Pour elle des guerres ont germé,
    Pour elle le sang est versé
    Sur elle on a planté notre exil
    Sur elle les fleurs ont fleuri
    Mais elle reste notre mère la terre,
    Sauf pour les orphelins de terre!


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  5. Cher Bizak,cela me touche énormément que mon poème t'ait autant parlé.

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