jeudi 28 février 2013

La becquée



Arlette B.  Sandre




Ils viennent les vautours
Aux lunettes académiques
Nous tendre leurs becs philanthropiques,
Leurs becs parfumés de sang frais,
Pour nous donner
La becquée civilisatrice,
La becquée technologique,
A nous,
Becs-bicots,
Becs secs bourricots.

Ils viennent nous donner
La becquée-art
La becquée-dollar
La becquée-science
La becquée-culture
La becquée-paix
La becquée-liberté
La becquée- hasch
La becquée -bombe H
La becquée-sous-traitance
La becquée- inflation
La becquée-chômage
La becquée-bidonvilles
La becquée-crachats
La becquée-pillages
La becquée-mensonges
La becquée-taules
La becquée -bourreaux
La becquée-barreaux
La becquée-bureaux d’anthropométrie pour zouaves-négros

Je songe à leurs becs qui partent
Et qui come back
A leurs becs-bombes
A leurs becs-mitrailles
A leurs becs-canons
A leurs becs-napalm
A leurs becs qui repartent bourrés
De blé, d’huile, de gaz,
De pétrole, d’or, de cuivre, de phosphate
Et de jeunes pour toutes sortes de corvées
Grises, noires et blanches camouflées.

Je songe à leurs putrides becs
Proférant injures et menaces.
Je songe aussi
A nos becs secs
Nos becs bicots
Qui ont faim,
Qui ont froid,
Nos becs de proies
Pour grands becs trusts !
Mais, de nos becs bicots,
Commencent à sortir
Les gazouillis des grandes colères !



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"



mercredi 27 février 2013

L'Amour

Photo trouvée sur le net





L'Amour
Toi, l’enfant qui meurt,
Le ventre vide,
Sous des seins asséchés.

L’Amour
Toi, l’enfant qui meurt,
Sans avoir vu briller
Le soleil des jours à venir.

L’Amour
Toi, l’enfant qui meurt,
Sans avoir aimé.

L’Amour
Toi, qui combats sans peur,
Pour la lumière,
Pour le soleil.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 26 février 2013

Oriflammes




Olivier Suire Verley



Comme des feuillets d’almanach,
Tes sourires vacillent dans le vent d’automne.
Glorieux, le train meuglant
Décapite la marguerite.
Je ne peux, de mes plaintes,
Déposer sur ton autel
Les ouragans des grands naufrages.
Cette olive diamant
Ton essence, ta flamme, ton âme,
Bruit en adieux pressés
Sous le soleil mégot de crépuscule.
Les mouchoirs des mères,
Au verdict des sirènes,
Deviennent oriflammes
Et les guêtres dures rapetissent, se ramollissant
Pour s’en aller crever en moues gamines,
Dans les boues chaudes des derniers cris,
Dans le duvet rapace de l’oubli.






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


dimanche 24 février 2013

Nectar de soir



Caroline Westerhout


Le choeur des étoiles
Bat, dans tes yeux,
De mille feux sonores.

Laisse donc tes lèvres fleurir,
Au miel de la rosée.

Je viendrai butiner
Ton nectar, le soir.

Laisse-moi ceindre tes seins de roses !

Viens donc te baigner dans les herbes
Que charme la cithare allumée !







© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


vendredi 22 février 2013

Ballet épistolaire

Alex alemany



Le papillon, là-bas, au loin, brille d’un dernier rire parfumé.


Ruissellement diamantin de souffles multicolores.
Bal et épi solaire.

L’or à grains se lève,
Dans les aguets d’airain du semeur.

Et le champ meuglant
Ponctue, de son parfum,
Le crépuscule poussant le soleil
Vers l’étable des cieux
Qui moulent le grain des mers.

Ah! cette farine moussant l’escalator des vagues,
Quand les poissons,
Tels des coquelicots,
Aux vents de mai, offrent leurs tiges d’écailles
Aux caprices d’une sirène ennuyée!




© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 19 février 2013

Appels



Yuri Tsvetaev






Ne me téléphone plus !
Ce matin, je suis pris par ma caravane de nuages crieurs
Qui dégrafent les sceaux de tant de prairies
Gardées par les fiers aigles des premiers orbes immaculés !


Mon numéro, je l’ai donné à cet arbre qui agonise,
Pour l’entendre me gémir
Sa complainte d’électrocuté,
Dans la nuit de ses nids incendiés!


Ne m’appelle plus !
Je me suis évaporé en senteurs d’algues
Immergées dans la sueur des éboueurs édentés,
Le long des boulevards carnivores sans échos
Lacérés par l’acide des sirènes, aboyant
En battue, derrière ma dispersion d’anges clochardisés
Par la bouse des comptes en banque cravatés
Qui cravachent les rêves de nos insomnies étoilées! 


Ne m’appelle plus
Mais crie ma gueule qui explose en pétales
Sacrifiés au cadavre incinéré de la dernière lune !


Gueule mes cris de mer plastifiée,
De poissons et d'oiseaux déboussolés
Par les Christophe Colomb des espoirs mazoutés
Englués dans les exponentielles des mensongères relances
Crachant leurs fers de lances
Aux millénaires bébés
Qui agonisent sans becquées !







© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

lundi 18 février 2013

Réveil

Peter Gric




Il y a ta voix qui fleurit
Pour pleurer ces oiseaux à l’agonie,
Dans l’immense odieuse ville.

Il y a un bourgeon
Qui, malgré tout, bourdonne
Et qu’un enfant, de ses dix doigts
Et de son coeur qui tremblent, protège.

« Pourquoi sont-ils devenus pachydermes ? » se dit-il,
Dans les jardins gris de ses insomnies.






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"



dimanche 17 février 2013

Bris


Albena



Dans les fragments d’une mémoire éclatée,
A germé le fluide de tes caresses.

Quand ton ombre, se levant, m’a éclairé les yeux,
J’ai cru, en dormant, t’avoir pour l’éternité,
Evanescence moqueuse d’une tache essuyée.

Comme une larme collée à la vitre de mon coeur,
Tu t’approchais, sur la mousse de tes pas,
En suivant mes soupirs.

Et quand, à l’aube, ont fui les hiboux,
Tu m’as offert la blancheur d’une colombe.

Oublier l’arc de tes cils
Serait insulter l’éclair.

Je m’accrocherai à tes ailes,
Pour quitter cette étouffante citadelle.







© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


samedi 16 février 2013

La poche de la nuit




Michel Devillers




De ce mur qui pèle,
Jaillira, forcément, un jour,
Un coeur gravé de lumière.

Sur la chaussée mouillée,
Glissent les pneus, tels des reptiles.

Le port est loin
Et le vent fait mal aux dents.

La nuit est une poche
Où vient se lover la dernière luciole.

Des réverbères pliants,
Comme des barbes à papa,
Ont faim de phalènes

Et celui qui apprend à écouter ses pas
Saura, un jour, écouter ses rêves.






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"



jeudi 14 février 2013

Femmes!

Basma Khalfaoui
   

     A l'occasion de la Saint-Valentin, je vous offre, femmes du monde entier, ce poème parce que, du plus profond de mon être, je vous aime et respecte car vous êtes l'intarissable sève qui rime avec tous les beaux  rêves. Et pour vous représenter toutes, j'ai choisi une très grande dame tunisienne, Basma Khalfaoui, épouse du grand militant, le martyr de la liberté, Chokri Belaïd. Cette femme vous représente toutes car elle symbolise votre dignité et courage à relever tous les défis ainsi que votre refus radical de toutes les formes d'esclavage! Femmes, merci! 



Femmes!


L'impossible ne peut être femmes!
Nous aurons toujours la taille de nos rêves !

Nous rejoindrons, de notre florale impatience,
Dans la lumière de nos espérances,
Le suc flamboyant des étoiles
Et le rire assourdissant des dansantes comètes !

Nos fièvres habillées des houles des naissances
Nous offriront, comme toujours, tout ce temps
Pour  tisser, dans nos profondeurs ailées, 
Tous ces fruits volants de l’amour
Qui naissent et s’abritent au creux de nos reins,
En amples saisons tracées au miel des matins,
S’élevant des caresses de nos mains !

Femmes !
Flammes d’amour et de paix!
Ecrites par tous les éléments,
Nous réchauffons, de nos racines,
Toutes ces tiges d'or qui poussent
Couronnées, dans la mousse de nos rêves,
Par les ascendantes douces gerbes ailées de notre sève!

Femmes!
Le possible est aussi  femmes!







© Mokhtar El Amraoui  in " Le souffle des ressacs" 






mardi 12 février 2013

L'oeil du dormeur


                                                                                                                   


Le lac et la montagne Ichkeul ( à 10 km de Mateur,  ma ville natale )  




                                                                                                                        Pour l'Ichkeul




Le premier cercle fut vite oublié
Etait-ce bivouac, circonscription rituelle
Ou rien que le projet d’un cadran solaire ?

Un poète y a été enterré,
Riant de plumes
Mais personne ne sut que, dans son oubli,
Il revenait y tracer les mêmes rayons.

Est-ce de l’obsessionnel massacre
Qu’ils gardent, tous, la trajectoire ?
Alors, pour quelle incantation s’ouvrent
Toutes ces bouches,
Toutes ces fleurs des branches ?
Que retient franchement l’oeil du dormeur,
Quand il s’ouvre à peine
Sur un vol de départ ?
Solennelles rémiges gonflées de vagues
Et de blés écaillés .

C’est jeu d’âmes,
C’est pour cela, surtout,
Que les deux bras ne sont jamais
A égale distance du coeur.

L’écho migre dans la caravane des serres
Et les fruits repoussent les becs incendiaires,
Dans les vergers des hallucinations.

Au point de connivence
De l’ombre et de la source,
S’épanche la treille,
Sur le rebord nord du tombeau
Et le premier cri,
Comme d’un duvet de premier ciel,
Demeure l’énigme jusqu’au chat qui s’étire,
Avant de survoler le mur
De la nuit naissante,
Dans le fracas de verre
D’étoiles titubant
De rêves et de lumières.









© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




samedi 9 février 2013

Aphonie




Fish eye     Scott Fraser





Comme un poisson de bocal,
Ma voix ne te parvient plus.
Je couvre d’algues mon aphonie.
Cette main qui ébranle l’air
Remue l’aurore de mon agonie.
La monture qu’on desselle
Est enveloppée de vent
Et des flammes de ton regard.








© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"



mercredi 6 février 2013

Chokri Belaïd, tu vis dans nos coeurs!

drapeau1






Le martyr  Chokri Belaïd



    Ce matin, une main lâche a froidement abattu le grand militant démocrate tunisien Chokri Belaïd  de quatre balles alors qu'il se rendait à son cabinet d'avocat . Ce que les assassins ont voulu faire taire chez le secrétaire général du Parti des Patriotes Démocrates Unifié et l'un des dirigeants du Front Populaire c'est son courage et son franc-parler. Chokri n'a jamais eu peur ni  des dictateurs ( Bourguiba et Ben Ali), ni de leurs sbires, ni des forces obscurantistes qui veulent, aujourd'hui, confisquer et tuer dans l'oeuf la révolution tunisienne! Il se démarquait par la force de ses arguments et sa très grande éloquence non pas d'avocat seulement mais celle aussi de la vérité généreuse et de la lumière: les deux valeurs qui ont toujours animé son militantisme. Les infâmes qui ont voulu le réduire au silence, ont pour dessein d'assassiner la révolution tunisienne. Sois sûr, cher Chokri, ils n'y parviendront jamais! Je t'offre ce poème qui  représente le rêve qui nous a toujours animés.




La commune rêvée



Ce commun des immortels
Que vous persécutez.
Ce commun des immortels que vous emprisonnez.
Ce commun des immortelles
Que vous prostituez.
Ce commun des immortels
Que vous paralysez.
Ce commun des immortels
Que vous méprisez.
Ces communes
Que vous ensanglantez.
Tous ces communs que vous assoiffez,
Ce commun du grand rien
Que vous torturez.
Ce commun de nos immortelles enfances,
Ces communs soudés comme un,
Comme un clavier tonnant
De vocalités vierges.
Ce commun des rues
Que vous torpillez,
Ce commun nu
Comme la beauté.
Ce commun que vous craignez,
Ce commun, cette commune
Qui fleurit à nos pieds.
Ce commun, cette commune que vous tuez.
Ce commun, cette commune
Qui vous font trembler.
Ce comme un, ce comme mille
Que vous encagez, que vous écrasez.
C’est comme un printemps
Qui fleurit dans nos têtes.
C’est comme une chanson
Qui se dit dans nos veines.
C’est comme un firmament
Qui se déplie sur nos ailes.
C’est comme un astre
Qui s’empourpre de nos aquarelles.
C’est comme un poème
Qui se chante dans la rue.
C’est comme une chanson
Qui s’allume dans mon oubli.
C’est comme une montagne qui refleurit
Nos coeurs bouquets,
Loin de vos banquets de guêpiers,
Loin de vos banques de négriers.
C’est comme un bateau
Qui revient en juillet.
C’est comme un poisson
Qui plane au-dessus de nos cerisiers.









© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"







mardi 5 février 2013

Cendres errantes



Pierre Soulages


Je traîne mes savates d’algues,
Dans les couloirs ivres
De mes nuits sans étoiles.

L’ailleurs
Où m’attendent mes cohortes d’anges bleus,
Mes miroirs d’oubli,
M’appelle, des ondes assoiffées
Où se consument les symphonies du cristal muet.

Je t’appelle, muse crucifiée !

Allons replanter les jasmins,
Renaître plus loin
Que nos cendres gémissantes,
Que le verbe agonisant,
Retracer les mèches des résurrections.

Répondras-tu à mon appel,
Ange de cire ?

Je t’attendrai aux carrefours des grands départs.



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




dimanche 3 février 2013

Toi




Seascape Claude Micheli





Tu t’appelles bouquet de lumière
Et ta route est d’amour faite.

Les fleurs de tous les jardins
Aiment se donner  la main
Pour parfumer le cours de tes rêves.

Les oiseaux, en couronnes, empruntent ta voix,
Pour chanter la naissance d'une eau  solaire
Qui se lève, comme le jour, sous tes paupières.

Et les rues oublient leur  vacarme,
Pour dire leurs prières,
Dans tes yeux d’ange rieur.

Tu fredonnes, enfant des marelles égayées,
Les rencontres de multiples chemins dansés
Où se promènent tant de rêves enlacés !

Tu t’appelles amour, mon amour
Et ta route est de lumière faite.




© Mokhtar El Amraoui  in " Nouveaux poèmes"