dimanche 31 mars 2013

Drossé





Le monde Max Ernst



Se jeter drossé
A nervures pieuvres.
Le récitant à la gnole étincelle.
Nuages en azur,
Dauphins des nuées.
Certains cils restent toujours gondoles.
Seulement,
Des jours,
Avoir besoin de corrections d’hirondelles.
La bouche restera toujours la blessure du nouveau-né,
Le mot, même doux, n’est que cerf-volant
Que l’on voit au fil d’un miroir,
Invitant eau et ciel à tournoyer.
Au glaneur d’étoiles,
Les océans sont étroits !







© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

samedi 30 mars 2013

Où es-tu passé, printemps?

Mohamed Bouazizi, le martyr qui a allumé le printemps tunisien











Que reste-t-il de notre printemps
Avec tous ces champs d'épis ensanglantés
Par ces ogres qui s'acharnent à déchiqueter nos rêves enlacés?
Que reste-t-il encore de nos fleurs décapitées
Par les sabres des cyniques bourreaux?
Que reste-t-il des rires des roses,
Quand leur parfum est étranglé 
Par les gaz des salauds aux mille et un châteaux,
Nous laissant crever sous nos mortels fardeaux?
Tous nos arbres, en deuil,
Pleurent les larmes de toutes leurs feuilles
Mais promettent, altiers,
L'éclosion de nouveaux chants
Sur les sentiers ailés de millions d'heureux gosiers!





© Mokhtar El Amraoui in « Nouveaux poèmes »


vendredi 29 mars 2013

Naissance des terres








Tomasz Alen Kopera



Atoll,
Ton sein qui fleurit ailé
Du lait de mon sang.
Il roucoule dans les veines de mon sextant,
Traçant la folie de la naissance des terres
Qui surgissent
Là,
Soudain,
En bouquets balsamiques
De darboukas, de tams-tams,
De chants, de transes, de fleurs,
Là où faillirent se noyer
Le rêve et la fièvre
D’une folle chevauchée sans ancre .






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 26 mars 2013

Sage comme un clitoriphage




Scène d'excision en Egypte



                                                      A ceux qui en appellent à l'excision en Tunisie, cette petite fable





Dans le royaume des clitoriphages,
Il ne faut surtout pas parler de naufrage. 
Cela ne plairait pas aux marchands de suffrages
Ni aux honnêtes et pieux tueurs à gages
Qui ne pensent qu’à ton bien et sauvetage. 

Si jamais tu oses avoir faim, sauvage,
Apprends à manger, des yeux, le paysage.
Cela remplacera les plus succulentes viandes d’élevage
Et les plus délicieux fromages !
En tout cas, ça fera taire les plaintes de ton mécréant œsophage.

Dans le royaume des clitoriphages,
Ne suis surtout pas ces chiens d’insatisfaits : ils ont la rage.
Rends plutôt hommage à tous ses sages
Qui ont de belles barbes soyeuses comme des nuages
Et de dociles femmes sans visages.

Dans le royaume des clitoriphages,
C’est en se noyant qu’on apprend la nage !





© Mokhtar El Amraoui in « Nouveaux poèmes »

samedi 23 mars 2013

Senteurs






Bouquet de jasmins




Fleur d’un soir,
Prise au piège de bouquet,
Parfume au noir,
Frêle gloire,
La rencontre de deux nez
Pour qu’hélas, en fin de conte,
Ira, si lasse, se faner
Sur l’autel de deux coeurs
Entre chairs et draps,
Jusqu’à l’aube, enlacés.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

vendredi 22 mars 2013

L'adieu aux étoiles






Differents aspects de Venus
                                                             
                                                                Vénus dans tous ses états, avant son suicide!




Dans une poubelle,
J’ai trouvé une étoile.
Les astrologues l’appellent Vénus.
« Ô Majesté ! comment êtes-vous tombée
Dans une poubelle,
Vous qui illuminez le ciel
Par tant de beauté ? »
Vénus m’a répondu :
« C’est le suicide des étoiles. »


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mercredi 20 mars 2013

Fidélité



Alejandro Arostegui





Dans leur chambre de toute une vie,

Ils éteignirent,

Au lit, ils s’étreignirent.

En souriant, ils s’éteignirent.

















© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"








lundi 18 mars 2013

Candomblé de Bahia










Jorge Amado par Gilberto Gomes




Séance de candomblé


                                                                                                             




                                                                                                                                               A Jorge Amado


A ce coq sanglant, que dis-tu Amado ?
Qu’en est-il de l’étoile de Bahia
Echouée dans la fange des favelas ?

Mama parle à Samba
Et Patrice renaît dans les rivages
De ses lourdes lèvres.

Dans ses yeux, le monde se révulse
Et la terre offre ses hymens aux volcans :
Magmas d’âmes !

Dante, convié, tire sur sa pipe d’algues
Et Genet s’amuse à tracer ses emblèmes
Sur les sables de Tanger.

Ce n’est qu’entre deux tonnerres
Que j’aperçois Dali morose, lui, le rose.
Il fixe, pour l’hypnotiser, le ciel.

Les murs suintent de baves de crapauds.
Que dis-tu, donc, Amado,
Dans la fièvre de tes silences?






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"






samedi 16 mars 2013

Au lait sang de mères





Vassilis Perros




Où boire l’encre d’un texte à peine achevé,
Ma grotte ?

Germez plantes clandestines,
Foyers d’astres et d’émeraudes !

La colombe, en mues, approche le cou de l’assiégée.
Dans le chiffre, elle est dite reine
Alors que l’étendue est faite de galops,
Quand un cri égorgé déchire le ciel
En lambeaux de pétales pleureurs.

Bien au loin,
A la même fulgurance,
Le disque tombe
Et la danse s’évanouit

Mais l’éclair, de son lait,
Fustige l’arc et la flèche du dormeur.

Quel chemin mire alors la lune éclose ?

Au farouche funambule,
Que d’étoiles se dressent
Pour l’envoûter d’une sève des mesures !

Et c’est à cette mer qui cligne
Vers l’envergure,
Vers la brisure,
Que se tendent les frêles membres
Des peurs en couches,
Traîtresses à l’échéance !

Est-ce glaive ?
Est-ce ultime appel ?
Ou n’est-ce que rappel
Du « Je m’y rendrai » promis ?



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


mardi 12 mars 2013

Promesse

Aigle botté




                                                                                                                       A mon ami d'enfance Mohsen Berriri*




De mes veines,
Mon ami l’oiseau,
Je te construirai une cage
Sans porte ni barreaux
Où, librement, tu chanteras
Tes chaudes mélodies !

Je t’offrirai de vastes champs fleuris
Arrosés de douces flambées de soleil
Qu’aucune serre de vautour n’effraye

Et tu passeras,
Libre, fier et fort,
Sous l’arc-en-ciel multicolore,
Pour danser, jusqu’à l’aurore,
Sur les rythmes de mes veines-lyres
Qui t’apprendront à rire
De tous les tyrans et de leurs sbires !



*Chanteur et bassiste du groupe les Aryems, à Sousse.




© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

vendredi 8 mars 2013

Je t'aime et ret'aime*!




Bonne fête à toutes les femmes!



Berit Kruger Johsen


Envie de te dire
"Je t'aime",
Chaque seconde,
De l’aurore jusqu’à la lumière la plus noire.
Que se confondent les heures, dans leurs trajectoires ! 

Envie de me perdre dans l’océan de tes yeux,
De me réfugier dans le doux feu de tes cheveux,
De traverser  les longs corridors de ma déraison
Jusqu’à tes doigts rieurs chatouillés de couleurs
D’où renaîtront tant d’horizons
Pour de nouvelles saisons sans douleurs.

Envie de me plonger  dans les vagues de tes fleurs,
Tout au creux de  tes senteurs,
Pour me noyer  dans tes profondeurs en éclosion,
Dans ton nid en suspension
Auquel je chuchoterai  mon bonheur
De t’aimer,  t’aimer,  t’aimer puis ret’aimer,
Jusqu'à sentir se lever toutes  les laves  de nos cœurs
Comme d’un doux volcan sans frayeurs !






*Néologisme mokhtarien


© Mokhtar El Amraoui in « Nouveaux poèmes »







mercredi 6 mars 2013

Zanguet El Koucha (ruelle de la boulangerie)*



Scoubidous




Cela tient  en un cube blanc
Renfermant la nuit
En flammes de papillons.

Une fumée de souvenirs,
Une photo à tiges
Et pétales de visages.


Un pas de danse dans la ruelle
Enveloppée de parfums de pains
Et d’étoiles tatouées sur la peau de ton attente.

L’oiseau s’envole avec la graine de tournesol
Vers le couloir qui s’écoule
Entre ciel et cimetière.

Contre le mur blanc,
Tu confectionnes ton énième scoubidou
Multicolore de tant de mailles.


Ah ! tes arcs-en-ciel !           

Chants que ton chaud silence
Et le voyage de ta chevelure
Offerte avec les herbes au vent !




*Zanguet El Koucha: ruelle de la boulangerie à Mateur ( Tunisie), ma ville natale.






© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"









mardi 5 mars 2013

Exode






Ecoute, là-bas,
Les oiseaux qui ne chantent plus,
Les roses qui ne poussent plus,
Les enfants qui ne jouent plus,
Dehors, dans les rues.
Là-bas, grands et petits,
Ils sont partis.
Dans leurs mains vides,
Ils tiennent des épis.






© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




lundi 4 mars 2013

Le gentlemâne

Photo d'Ane référence 582989
Le gentlemâne du sultan





Un riche sultan, passionné de baudets,
A déposé sur la tête chauve de son âne,
Une couronne de fleurs bien triées.

Sur ses joues grises,
Il lui a mis de la poudre rose.

A son court cou, il a pendu
La canne d’un ancien lord déchu
Qu’il avait louée d’un musée.

Il a parfumé sa queue noire
D’une senteur de Paris,
L’unique pour les grands soirs !

De la paille, il n’en voulait plus !
Il a dû lui servir un breakfast anglais,
Du thé aux amandes
Et un narguilé de pacha bien parfumé.

Il lui a taillé,
Comme il le lui avait demandé,
Les moustaches en cornes de taureau.
« Mes nostalgies andalouses ! » s’est-il écrié,
En battant, de ses sabots,
Sur le marchepied de son carrosse, Olé,
La mesure de quelques pas de flamenco !

Seul un ample manteau
A pu dissimuler, tout de go,
Les errances de sa cinquième patte, le zigoto !

Après de longues veillées,
Un mélomane zélé a pu tirer,
De ses braiements saccadés,
La tonalité ironique des sirènes
Des bateaux chargés
D’huile et de blé bradés !

Il a dû lui apprendre
A compter l’argent,
Dans toutes les langues du vol,
A lire l’heure, tout le temps,
Sur les glaives décapitants des tyrans,
A prendre, malgré ses rires de comédien,
Des airs césariens,
A plaisanter à la Hollywood,
En mâchant du chewing-gum
Et brayant “home sweet home”
Devant l’explosion d’une bombe atomique
Américaine, au petit matin
Ou la tête tranchée d’un bébé palestinien
Qui n’y est pour rien !

Croyez-moi,
Ses efforts, l’entêté, n’ont pas été vains,
Car son âne s’est métamorphosé en gentlemâne !









© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"


samedi 2 mars 2013

Béton




Peter Gric




Du béton,
Rien que du béton !
Les mains serrent le béton,
Dans le noir du goudron,
Dans le gris froid,
Le béton a des rides sur le front.

Des pieds géants de béton,
Pas lourds de statues !
Du béton,
Rien que du béton.

Béton carnivore,
Béton qui vomit les passants
Aux coeurs de béton.

Froids de béton,
Chauds de béton,
Soleils de béton,
Lunes de béton,
Etoiles de béton,
Saluts de béton,
Rires de béton,
Ciel de béton

Mots béton,
Sexes béton,
Rêves de béton,
Rien que du béton !
Du béton plein les villes,
Du béton plein les campagnes,
Du béton plein les coeurs.

Silences de béton,
Ennuis de béton,
Solitudes de béton,
Tombeaux de béton

Pas proliférant de béton,
Peaux de béton !
Du béton plein les coeurs,
Du béton plein les villes !

Le temps coule,
Comme du mortier,
Vers une mort de béton.

Tu gueules,
Tu cries,
Tu rages,
Tu brandis ton poing,
Rien que du béton !

Ce qu’il faut vraiment,
C’est des bulldozers
Pour casser tout ce béton,
Pour secouer les gueules de béton !

Fouille, creuse,
Au plus profond de toi,
Pour déterrer tes bulldozers !
Ne flanche pas
Car tu en es capable !
Aurais-tu la mélancolie de béton ?
Tu dois l’accoucher, ton bulldozer !
Débride-le !
Ne le dompte pas !
N’en fais pas une poupée de galeries !
Mets-le, donc, sur le tapis,
Comme la dernière carte
Que tu tiens
De tes cinq doigts
Qui tremblent !

Si tu as peur de perdre,
Alors, ravale ta rage
Et n’en parlons plus !
Crève de béton !










© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"