samedi 2 mars 2013

Béton




Peter Gric




Du béton,
Rien que du béton !
Les mains serrent le béton,
Dans le noir du goudron,
Dans le gris froid,
Le béton a des rides sur le front.

Des pieds géants de béton,
Pas lourds de statues !
Du béton,
Rien que du béton.

Béton carnivore,
Béton qui vomit les passants
Aux coeurs de béton.

Froids de béton,
Chauds de béton,
Soleils de béton,
Lunes de béton,
Etoiles de béton,
Saluts de béton,
Rires de béton,
Ciel de béton

Mots béton,
Sexes béton,
Rêves de béton,
Rien que du béton !
Du béton plein les villes,
Du béton plein les campagnes,
Du béton plein les coeurs.

Silences de béton,
Ennuis de béton,
Solitudes de béton,
Tombeaux de béton

Pas proliférant de béton,
Peaux de béton !
Du béton plein les coeurs,
Du béton plein les villes !

Le temps coule,
Comme du mortier,
Vers une mort de béton.

Tu gueules,
Tu cries,
Tu rages,
Tu brandis ton poing,
Rien que du béton !

Ce qu’il faut vraiment,
C’est des bulldozers
Pour casser tout ce béton,
Pour secouer les gueules de béton !

Fouille, creuse,
Au plus profond de toi,
Pour déterrer tes bulldozers !
Ne flanche pas
Car tu en es capable !
Aurais-tu la mélancolie de béton ?
Tu dois l’accoucher, ton bulldozer !
Débride-le !
Ne le dompte pas !
N’en fais pas une poupée de galeries !
Mets-le, donc, sur le tapis,
Comme la dernière carte
Que tu tiens
De tes cinq doigts
Qui tremblent !

Si tu as peur de perdre,
Alors, ravale ta rage
Et n’en parlons plus !
Crève de béton !










© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"





10 commentaires:

  1. Impressionnant ce dessin de Peter Gric! Il colle parfaitement avec la violence de ton poème!

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    1. Chère Blue, j'aime énormément les oeuvres de Peter Gric. J'ai choisi celle-ci car elle exprime profondément et très bien la bétonisation tous azimuts des êtres humains et de l'environnement. On ne peut que crier sa colère contre cette ère bétono-glaciaire dans laquelle est entrée l'humanité: froid, indifférence et au "meilleur" des cas haine!

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  2. Bonjour Mokhtar,
    La rage on la ressent bien et comme je peux comprendre moi qui vis en campagne toute verte de Bretagne :)
    Lors de ma dernière pause, je me suis retrouvée au 17e étage, un peu flippant je l'avoue mais un immeuble où la convivialité n'a pas d'égal avec mes destinations nombreuses. Certes, le fait de déménager souvent ne permet pas de créer des liens solides mais quand même, dans cet immeuble, personne ne me connaissait non plus.

    Par contre, en France, les grandes tours sont progressivement détruites pour redonner aux quartiers une dimension humaine... maintenant aux humains de faire la même chose :)

    A bientôt et bravo pour ce cri du coeur

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  3. Bravo, chère Moun,tu as profondément saisi mon coup de gueule contre cette déshumanisation bétoncrate qui est saisie aussi bien dans l'acception métaphorique que littérale. Oui, retourner vers "La dimension humaine"! Merci de te joindre à mon cri de coeur et à très bientôt!

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  4. Anonyme22:10

    Bonsoir Mokhtar,

    Ce Béton nous empêche de voir les cîmes et d'autres horizons...Citadelles carcérales bâties en d'autres temps, à détruire d'urgence pour réhumaniser le vivre ensemble...Joli coup de plume...

    En écho à ton poème, pour apporter un humble Souffle de Nature, (j'avais déjà envoyé ce lien à Isabelle)...

    https://www.youtube.com/watch_popup?v=WEl2IAIuj60&vq=medium

    Poétiquement,

    Maxence.

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  5. Merci, cher ami Maxence, de ta sublime réponse et de ton appréciation de mon poème.Tu m'as vraiment offert un très beau voyage de débétonisation avec ce film auquel tu m'as invité!

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  6. Le pire que nous vivons aujourd'hui dans le métro, dans les rues,ce sont ces visages de béton et où on ne voit aucun sourire, même pas de ...béton!

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  7. " aucun sourire, même pas de...béton!" sacré Bizak! C'est très bien dit, cher ami!

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  8. Quand j'étais jeune, je suis allée visiter une cille universitaire à peine sortie du béton.
    Je n'ai pas aimé ces silhouettes sans âme qui se démarquaient par leur grisaille.
    Je suis retournée des années plus tard et j'ai eu la même sensation.
    Le béon, comme tu l'exprimes, n'est pas seulement matériel, il envahit nos vies, il emprisonne les coeurs. Nous vivons dans une société de béton où l'humain a du mal à se faire entendre. Merci pour ton cri du coeur qui n'est pas un cri de béton !

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  9. Merci, chère Saravati, d'avoir saisi la portée ontique de mon poème et le massacre existentiel que cause le béton sur nos vies. D'autant plus que tu confirmes cela par du vécu.

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