mercredi 17 juillet 2013

Béton

Caricature trouvée sur le Net



Du béton,
Rien que du béton !
Les mains serrent le béton,
Dans le noir du goudron,
Dans le gris froid,
Le béton a des rides sur le front.
Des pieds géants de béton,
Pas lourds de statues !
Du béton,
Rien que du béton.
Béton carnivore,
Béton qui vomit les passants
Aux coeurs de béton.
Froids de béton,
Chauds de béton,
Soleils de béton,
Lunes de béton,
Etoiles de béton,
Saluts de béton,
Rires de béton,
Ciel de béton,
Mots béton,
Sexes béton,
Rêves de béton,
Rien que du béton !
Du béton plein les villes,
Du béton plein les campagnes,
Du béton plein les coeurs.
Silences de béton,
Ennuis de béton,
Solitudes de béton,
Tombeaux de béton,
Pas proliférant de béton,
Peaux de béton !
Du béton plein les coeurs,
Du béton plein les villes !
Le temps coule,
Comme du mortier,
Vers une mort de béton.
Tu gueules,
Tu cries,
Tu rages,
Tu brandis ton poing,
Rien que du béton !
Ce qu’il faut vraiment,
C’est des bulldozers
Pour casser tout ce béton,
Pour secouer les gueules de béton !
Fouille, creuse,
Au plus profond de toi,
Pour déterrer tes bulldozers !
Ne flanche pas
Car tu en es capable !
Aurais-tu la mélancolie de béton ?
Tu dois l’accoucher, ton bulldozer !
Débride-le !
Ne le dompte pas !
N’en fais pas une poupée de galeries !
Mets-le, donc, sur le tapis,
Comme la dernière carte
Que tu tiens
De tes cinq doigts
Qui tremblent !
Si tu as peur de perdre,
Alors, ravale ta rage
Et n’en parlons plus !
Crève de béton !







© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"







10 commentaires:

  1. Ce poème est en béton ! Positivement entendu, bien sûr.

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  2. Merci très cher Guillaume d'apprécier. Je sais que tu es un grand écologiste. Mon poème, je l'ai voulu comme une sorte de manifeste contre ce criminel étouffement de la planète par le béton!

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  3. Que dire ? Il faut dénoncer cette politique du béton mais il me semble que sur notre rive, la place au sauvage revient en force et c'est très bien comme ça... et les grands immeubles sont détruits pour donner des résidences à taille humaine. Qui sont ces humains qui veulent vivre les pieds dans l'eau, pour ceux-là et pour d'autres être plus près de l'usine...

    A bientôt

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  4. En tout cas, je trouve que les luttes écologistes commencent à porter leurs fruits.

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  5. Texte très noble pour une matière qui ne l' est pas, merci de tirer de la beauté de nos architectures tristes.

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    1. Chère Orfeenix, merci de ton appréciation!

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  6. Ce poème est fascinant ! A première vue, c'est une dénonciation de l'enlaidissement des paysages naturels par la civilisation humaine, mais j'ai le sentiment que ce n'est pas que ça. Puisque ce texte parle aussi de fouiller, de creuser en soi-même, n'est-ce pas une façon de dire que le béton, c'est aussi quelque chose comme les habitudes ou les préjugés qui nous paralysent dans une vie monotone ou une vision du monde étriquée ? Je me trompe peut-être, mais c'est ainsi que je vois les choses.

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  7. Quelle superbe lecture, chère Eryndel! C'est exactement ce que je voulais transmettre profondément!

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  8. C'est d'une manière symbolique que l'on dénonce le mieux ce qui détruit insidieusement car le symbole est inépuisable, c'est ce qui fait la puissance de la poésie. Merci pour ce très beau moment.

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