lundi 4 novembre 2013

La calligraphe et le vent


Entre ciel et mer       Myriam Garali




Quand la calligraphe s’arrêta de danser,

Le vent lui demanda

Où elle avait emmené toutes ses lettres.

Elle lui rétorqua,

En riant en fleurs,

Oubliant ses pleurs,

Qu’elles n’étaient rien d’autre que son souffle !

« Et tous ces parchemins alors

Que sont tout ce sable si fin,

Toutes ces mers,

Tous ces fleuves,

Tous ces océans,

Toutes ces nuits si lourdes d’attentes

Et tous ces pas éreintés par tant de distances ?

- Vois, là-haut, au firmament !

Vois bien, vent, dans les yeux de mes ans,

Toutes ces ailes qui écrivent,

Toutes ces ailes qui dérivent

Dans leurs fièvres sereines, en filaments,

Les serments des jours, les sermons des ans ! »

Résonnent d’amours et de parcours,

En douces flûtes, en ouragans,

En complaintes de séparations,

Les chemins des âges, les horizons et leurs naufrages,

Les douces vagues, les lâches tempêtes et leurs oraisons,

Tapissant de routes amènes, de déroutes, les pèlerinages

Des assoiffés de lumière, habillés de fiers haillons,

Défiant outrages, chaînes et carnages

Où l’aube grimée, dans sa nécessité,

S’accouple à la grimace naissante des nuits des hasards,

Pour redonner, aux muets, leurs couplets d’antan,

Pour qu’à la cithare revienne le chant,

Pour qu’aux étoiles pousse la graine en champs !






Poème inspiré par le tableau de l'artiste-peintre Myriam Garali   "Entre ciel et mer »


© Mokhtar EL Amraoui in " Le souffle des ressacs "

10 commentaires:

  1. Je sais maintenant où sont tous les mots envolés.

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    1. Le vent n'a pas pris tous les mots, chère Manouche, ne t'en fais pas! Je sais que tu sauras très bien lui parler et il t'en restituera suffisamment, chaque fois que tu le lui demanderas.

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  2. Bonjour Mokhtar,
    Le vent est généreux pour moi sans doute est-ce ce vent de méditerranée qui me souffle les mots jadis et longtemps perdus... Pourvu qu'ils s'accrochent encore un peu aux limbes de mes yeux, qu'ils dansent, que leurs arabesques s'arrondissent comme un ventre où naît la poésie.

    Belle soirée

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  3. En effet , chère Moun, notre vent méditerranéen saura toujours fertiliser le ventre de la poésie! Et comme en sont de belles et sublimes arabesques tes poèmes! Je joins à ce vent ascendant mon souffle pour te saluer, chère poétesse!

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  4. Un bon vent souffle par chez toi car l' inspiration ordonne les mots à la perfection, cette musique m' émeut aux larmes.

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    1. Oh! chère poétesse Orfeenix, merci pour tant de sensibilité! Ton appréciation me touche au plus profond de mon être!

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  5. Ce n'est pas si souvent que je lis des gens qui me donnent envie de relever la tête... Tu es l'un de ces rares et je t'en remercie: magnifique poème, superbe tableau, inspirante rencontre!

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    1. Merci beaucoup, cher ami Le plumitif, pour tant d'honneur que tu me fais. Et merci aussi pour avoir apprécié mon poème.

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  6. Ces deux interlocuteurs "le vent et la calligraphe"nous soufflent nos écrits à notre insu!

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    1. Puisque l'on est conscient que c'est à notre insu, cher ami Bizak, cela devient du domaine du su! :-)

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