samedi 27 juin 2015

Morte étoile



    Michel Devillers
    Ce jour-là, 
    Les vagues rejetèrent la palette. 
    Seule la dune bougea, 
    Offusquée.
    Les barbares rirent
    Et crachèrent
    Les dernières étoiles
    Comme des dents ensanglantées.
    Les rivières des souvenirs
    Charriaient leurs mort-nés
    Enveloppés de haine et de couteaux.
    Les leçons des méandres reprirent
    Sous les mottes des glaises
    Et les mots d’amours suspendues
    Aux hanches de nuits
    Aux origines des pas
    Reprirent les couleurs des regrets,
    Squelettes sifflant d’azurs las
    Et d’ouragans fanés.
    Lunes écossées,
    Jours déshabillés de solaire solitude,
    L’incarcération de l’incinérée toile,
    Morte étoile !

    © Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"

vendredi 12 juin 2015

Le chant de mon oud


Le tableau est de South Hall Joseph Edward


Sauras-tu écouter,
Sur le fil tendu éperdu des heures,
Mon oud fêlé, qui pour toi,
S’habille de mille feux d’oiseaux d’oueds ?
Je te viens, de bien loin, te dire, de mon levant
En courbes, le sang fatigué,
Pourtant, tant enchanté de mon attente,
De mon inextinguible soif
Qui boit à la Seine de tes courbes assoiffées
Et aux galbes dressés de tes seins parfumés
Par tant de désir retenu, détenu
Qui veut exploser et tuer ces inutiles morts lentes !
Pourquoi ne suis-tu pas les pas de nos pas qui nous dansent ?
Ecoute, donc, tout ce bois, toutes ces cordes,
Qui en nous, qui par nous, qui pour nous
Se font chair,
Se font voix,
De nos chairs,
De nos voix,
Voix de nos chairs,
Chairs de nos voix
Et renaissent à leur quintessence,
Sans peines ni souffrances,
De fontaine t’attendant, en stances
Se tendant, s’étendant
En oud, en ses pleurs fous d’incompris, en ses fleurs
S’offrant aux feux de tes lèvres,
A la chaude rosée printanière de tes seins qui ont soif,
Roucoulant à quatre mains tous ces jasmins en éclairs
Si lactés convolant en justes notes égarées
Puis retrouvées en fugues mineures, en fugues majeures égayées
Loin de toute frayeur, reniant les blêmes torpeurs,
En volutes fulminant de cris d’aimer tapageurs
De gémir, de soupirs, de complaintes et de bonheur
Dits dans nos couleurs d’après silences et douleurs,
En fusions enivrées de danseurs !
Ecoute-le, mon oud, prendre en ailes
Tes furtifs sourires d’apeurée
Pour les faire planer
Sur les plus hautes cimes des extases éclatées !
Ris-toi, mais ris-toi, donc, de ces cendres
Qui veulent étouffer les chaudes braises
De ton corps qui brûle dans cette geôle
Qui assassine ta liberté et ses radieux envols !
Ecoute-le, mon oud, mon cœur,
Te chanter en odes, toi qui l’as charmé :
« Ceins tes seins des lauriers de tes trophées
Qui méritent leur chemin de volupté,
Pour laisser fleurir, à jamais, l’or
De ce splendide bonheur,
Le sublime droit d’aimer ! »

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"