mercredi 23 septembre 2015

Bêle et tais-toi!

    Jean-Luc Cornec


    Aujourd’hui, en toute liberté, je bêle.
    Toute la famille est fière de mes décibels.
    On me chouchoute, on me caresse, on me choie
    Surtout les enfants, ils me sont bien fidèles.
    Dans les quartiers, je suis leur fierté et joie,
    Leur superbe mouton de premier choix,
    Avant que toute la famille, demain
    Avec ses couteaux bien aiguisés,
    En se frottant les mains, ne me déchoie,
    Avant d’être découpé en steaks, cœur, abats,
    Tripes, côtelettes et tranches de foie.
    En aucun cas, même haché, je ne serai leur rabat-joie,
    Puisqu’ils disent que c’est affaire de foi !
    En tout cas, ils m’ont bien gavé d’herbe et de paille
    Alors bon sang, que je bêle !
    A quoi bon faire le rebelle ?
    Si je me retrouve grillades de barbecue et plats de ripaille,
    Je peux même dire que je l’ai échappé belle
    Car, en me dégustant ainsi, mes chers amis m’honorent,
    En rappelant surtout, entre pets et rots, mon prix d’or,
    En gueulant, tout fiers, tout haut et fort :
    « On lui a bien tâté le cou et le derrière
    On a comparé son coût et sa chair
    A ceux de son cousin de l’année dernière ;
    Il est bien plus cher, bien mieux en chair ! »
    N’est-ce pas trophée que de me retrouver festin ?
    Pourrais-je donc avoir meilleur destin ?
    D’ailleurs, même pour les impies,
    Je serai délicieuse kémia d’apéro !
    Grâce à moi et mes gigots,
    Qu’on soit gaucho ou frérot,
    Riche ou prolo endetté jusqu’aux os,
    C’est la fiesta dont je suis le héros!
    Alors, bon sang, bêle et tais-toi !
    Ne pense plus ni aux plateaux,
    Ni aux frigos, ni aux caniveaux!

    Le 23/ 9 / 2015
    © Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

mercredi 16 septembre 2015

La dame épique






    Merci de votre humanisme, Madame!


    La dame éreintée
    S’essoufflait pour relever
    L’homme jeté sur la chaussée !
    Il était paralysé !
    Il gémissait !
    Sa chaise roulante renversée,
    Seuls, ses yeux bougeaient
    Il la remerciait
    De toutes ses blessures ensanglantées !
    Elle suait, haletait, étouffée !
    De ses douces mains,
    De ses si fragiles bras,
    Elle tentait de le soulever !
    Tous les automobilistes,
    Horribles centaures de feu et d’acier,
    Ne cessaient, tout haineux, de Klaxonner !
    Insultants, ils pestaient, rageaient,
    Voulant, à tout prix, accélérer !
    L’ange, ce cher ange, se démenait pour soulever
    Cet homme, de tous, abandonné !
    Elle était merveilleuse, cette noble dame,
    Face à tous ces vociférants sans âme !
    Seule, elle a tout fait pour sauver
    Cet humain en danger
    Et, en son for intérieur, pleurait,
    S’étonnant de la mort de toute humanité !

    Le 16/9/ 2015
    © Mokhtar El Amraoui

jeudi 3 septembre 2015

Ma mère crie que je vis!




Ma mère crie que je vis, que je ris !
Ma mère entend son nom
Dans le mien que je crie !
Ma mère prie pour me revoir en vie.

Elle supplie la mer de m’être mère
Elle lui demande de nous pardonner notre misère
Et lui explique ce qu’est une guerre,
Que nous sortons d’un cimetière,
En caressant ses folles vagues sans lumières,
En lui criant la couleur de mes yeux,
Le parfum de mes rêves et celui de mes cheveux !
Elle lui demande de me bercer le corps et de se taire,
De se faire terre sans barbares incendiaires
Pour que je puisse dormir dans ses bras ailés
Qui lui tendent, en les embrassant, mes jouets.
Ma mère crie que je vis,
Ma mère crie que je ris,
Ma mère crie!


Le 03 septembre 2015
© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"