vendredi 30 octobre 2015

La sphinxogenèse bleue

Trouvé sur le Net



Le groom céleste, qui la conduisit
Jusqu'au fil tranchant du funambule,
La tenait, encore graine, dans la paume de sa main
Lui seul avait chronométré ce jour des hautes conjonctions,
Quand les autres étaient tapis,
Derrière leurs verrous, tout grelottants!
Il criait, en voyant la canne du danseur aveugle
Déchirer l'abîme de l'éclipse:
"Solalune! Solalune! Solalune!"
Quartiers ouverts aux orbes des germinations!
Et la canne d'enfanter ses courbes,
Dans la posture de tant d'éveils.
Princesse bleue, dansez-moi votre inchoative venue!
Ô quenouilles des rencontres!
Tramez de désir,
Chantez à loisir
Cette sphinxogenèse si féline!
C'est d'elle la grande fêlure,
Passage bleu-gris
De constellations habitant leurs maisons,
Aux lancers de nos tarots.
Vole cri, vole,
Jusqu'aux cimes,
Pour la dire,
Cette semence
Ivre de rosée
Qui se souvient de son âme phréatique!
Elle glissera sur les arbres,
Comme un duvet d'épi solaire.
"Elle naît, elle naît!" dirent les bardes.
Clameurs d'élans libres.
Ils l'annoncèrent,
S'offrant dans le parfum
Qui, à jamais, la dessine
Avec cette canne accordéon ouverte en horizons.
Sa danse ailée
Lui rappelait le galop des glaçons
Dans son verre ivre
Du martèlement des gouttes de pluie
Sur le clavier des arbres souriant
En tourbillons feuillus.
Ils l'accueillaient, ELLE,
Se continuant en élytres
De feux d'être,
En élytres de larmes
Eclairant l'eucalyptus de la gare,
Jusqu'au point où la valise du départ
Se posa en bris qui séparent,
En sanglots de mouchoirs
Là où, torride, le vent la reçoit encore,
Sous les toits abandonnés, depuis bien des saxifrages.
Ah! sabliers de mes douleurs,
Tailles de mes silex érigés
En sarments calligraphes!
Récitez-lui vos serments
Pour qu'elle surgisse et revienne de ses mots morts,
Fille bleue grisée d'éclipses!


© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire