dimanche 17 décembre 2017

Courbes de lumière

Le tableau est de l'artiste Adam Martinakis

Advenir à cette lumière
Qui te dit en courbes,
A ce silence qui te sculpte de ses ailes
Et réveille pour ton regard
Tant d’ouragans de sèves !

Le fruit qui t’appelle
T’a reconnue !
Il t’offre la mémoire ivre
De ses germinations
Et les caresses du vent,
Du soleil et de son lait,
De la lune et de son sang !

Ecoute son rêve qui te réveille.
Est-ce pour lui
Que tu te fais,
Dans ta fièvre, rose ?

© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

mercredi 13 décembre 2017

LE CHANT DU LION


au Martyr Mohamed Ben Belgacem

Brave enfant des fiers millénaires,
Tu t’offris, bouquet de lumières,
En jets d’éclairs
Avançant sans peur
Contre les barbares et leurs horreurs,
Pour protéger de ton vaillant cœur,
Altier bouclier printanier,
Ta chère Tunisie!
Lion, sans hésitation, tu répondis
A l’appel de son lait, ton sang,
Ta terre,
Ta mère, ton père,
Tes sœurs et frères
Ta patrie
Que tu ne voulais voir meurtrie,
Que tu ne pouvais laisser en larmes, en cris !
Au creux de ton peuple, chœur reconnaissant,
Se multiplient, stellaires, tes veines à l’infini
En rugissants lions des libres horizons !
Submergeant les gouffres des hyènes
Et leur criminelle nuit,
Elles fleurissent à l’unisson
Sans peines, sans chaînes ni soumissions
En chants d’amour et sillons de vie !
© Mokhtar El Amraoui,
le 13 décembre 2017

lundi 11 décembre 2017

ENFANTS DE GAZA


Leurs rêves explosés
Cherchaient juste le chant chaud
D'un lait de jasmin
Parfumé par l'éternité
D’un sourire berceur de mère
Eclairée de mille contes
Et caresses allumés!
On n’entend plus
Que l'écho éteint, amer,
De leur sang désarmé
Qui crie dans les matins noirs
De leurs envols assassinés!
© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

jeudi 7 décembre 2017

EL QODS CAPITALE DE LA PALESTINE !


Complicité !


Palestine oubliée !
Palestine meurtrie !
Palestine trahie !
Les balourds sourds à tes cris
T’ont, vils, volé tes rêves,
Les veines des sillons
De tes jours et tes nuits !
Ils t’ont vendue
Aux chaînes de Sion,
Au plus bas prix !
Ils prétendent te protéger,
Morte, figée,
Dans les linceuls de leurs paradis mensongers
D’affreux bègues bigots meurtriers !
Ils disent qu’ils n’ont pas le temps
De venir à ton secours,
Et prétendent transmettre,
En chiens qui s’excusent, en traîtres,
A tes assassins, leurs maîtres, tes recours !
Ils écrivent que pour toi ils prient !
Alors ils crient « Plie, tais-toi et survis,
Dans ton exil, cela te suffit ! »
De ton nom sacré, Palestine,
Ils font fonds de commerce !
Dans les nuits de leurs bals cannibales,
C’est tes Bouraqs étoilés d’amour, de paix
Et leurs élans affamés,
Assoiffés, désarmés
Qu’ils transpercent de balles
Et dards complices des sionistes surarmés !
Ils leur montrent, la nuit, en prostitués,
La chair nue de tes oliviers
Qu’ils leur recommandent de tuer !
Ils leur indiquent les cartes des étincelles
Du retour de tes orangers incendiés sans ailes !
Ils leur vendent tes enfants bannis,
Tes rêves et épopées traqués parqués,
Dans les nuits ensanglantées des taudis
Emprisonnés sous les murs qu'ils ont bénis!
Qu’ils soient à jamais maudits !
Palestine oubliée !
Palestine meurtrie !
Palestine trahie !

© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"

lundi 4 décembre 2017

LES CRIS DE LA TERRE

Illustration trouvée sur le Net




Empoisonnée, ensanglantée, minée,
Emprisonnée, calcinée, meurtrie,
Tu implores, Terre, en criant
De toutes tes racines- veines,
De tous tes fleuves et rivières,
L’Homme-l’ingrat,
D’arrêter tous ses crimes,
De te laisser continuer
Les chants de tes épopées
Portés par tes échos,
Entre monts et vallées,
Entre labours et cimes,
Entre grottes et forêts !
Empoisonnée, ensanglantée, minée,
Pourtant, tu lui offres encore
Ton eau qu’il assassine,
Tes arbres qu’il élimine !
Pourtant, tu coules encore
Roucoules, ton corps asphyxié,
En tes chemins de fleurs,
En tes rires de mer, en tes aires,
En tes champs, en tes déserts, rêveuses dunes !
Pourtant, ses impitoyables gaz brûlent encore tes pleurs !
L’ingrat rend de ses dards d’acier et de haine
Ton voyage d’amour impossible !
Terre ravagée, tu es son lâche trophée, sa cible !
Il ne sait que te violer, t’estropier, te polluer,
Bourreau aux bras pestilentiels,
Aux flammes de fiel !
Pourtant, tu lui offres encore
Ton sang, tes fruits, ton miel,
Tout l’argent, tout l’or de ton généreux ciel !
© Mokhtar El Amraoui in " Nouveaux poèmes"

dimanche 3 décembre 2017

AHMED FOUED NAGM 22 mai 1929 -3 décembre 2013

LE POETE AHMED FOUED NAGM



Tes mots Nil ont percé 
Les murailles du geôlier, 
Pour éclore en sentences de lumière,
Pour qu’en luttes s’accordent, ailées,
Les veines des pas et des poings déliés !
Eclairs de luth que tes poèmes !
Diadèmes d’étoiles,
Sur les palmes échevelées de tes cris !
Tu fis, du sang des martyrs, une aube d’éveil
Et des peines des haillons, de radieux élans !
Ton verbe en chant allumé
Restera toujours debout,
Pour éclairer la marche oubliée
Des enfants d’ombre et de boue !
Il grondera d’amour
Pour les prochains millénaires
Où tant de gerbes ensanglantées, en ta voix,
Sauront, fières, panser leurs blessures
Et dans nos cœurs, à jamais,
Brilleront, de mille chemins,
Les yeux de tes mots,
Les mots de nos lendemains !

©Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs»

mercredi 29 novembre 2017

Couleurs

Illustration du Net
Un jour,
Un papillon s’est pris les ailes
Entre mes deux hémisphères.
Alors, chaque nuit,
Je rêve en couleurs,
Volant de fleur en fleur,
Te cherchant, plein d’impatience, mon coeur.
Puis je t’ai vue,
Seule, près du rocher bleu,
M’ouvrant tes pétales, riant de rosée,
M’invitant à m’y reposer.
Mais le matin,
A mon réveil,
Les ailes avaient déjà séché.





© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

samedi 25 novembre 2017

Les obscurs

Tableau de Pierre Soulages

Ils ont cousu des linceuls aux mots 
Et tendu leurs pièges aux chants des oiseaux 
Passeurs de lumière.
Ils ont coupé les ailes des étoiles,
Pour en faire des fouets
Contre les cris vrais.
Ils ont taillé les ronces les plus folles
Pour ensanglanter, avec, l’aube des voyageurs
Et crucifier leurs danses d’amoureux.

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"


mercredi 22 novembre 2017

Attente vespérale

Tableau de Kathy Jones


Quand ton absence
Dessèche le ciel de sa lumière,
Le soleil, pour son bain de noces,
Chasse, des noeuds noirs de ses fléaux,
Les troupeaux attardés sur des pentes arides.
La fourmi rouge, attelée au char d’une miette,
Enfouit ses victoires
Là où, toujours,
S’empêtre la taupe et frémit le coquelicot.
Dans la fureur des sillons fumants,
Le hanneton et le ver se dispersent,
En d’inaudibles rubis flamboyants
Crachés par un vieux funambule
Rêvant de trapèzes, de balançoires, de sauts
Parfumés d’étoiles et de vides tourbillonnants.
La fleur, dans sa splendeur,
S’offre aux dards voraces d’un essaim agité.
Elle parfume, un dernier soir,
La mémoire de tant de parcours sages,
Avant la lame précise et sans grâce
Du couteau,
De la hache
Qui attendent,
A l’abattoir,
Le docile troupeau.


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

dimanche 19 novembre 2017

LIBERTE

Nulle plainte,
Nul regret,
Si c’est pour toi
Que je meurs
Liberté.
Nul regret,
Nulle plainte,
Tu es le seul chemin du bonheur.
Si l’on meurt pour toi,
La mort n’est plus un malheur
Et tant qu’on vivra par toi,
La vie ne sera plus un leurre.
Liberté
Sans toi, la mort,
Sans toi, la vie
Ne seraient plus qu’erreurs.

©Mokhtar El Amraoui in « Arpèges sur les ailes de mes ans »

vendredi 17 novembre 2017

LE LIVRE


Illustration du Net


Qu'il soit celui des morts
Ou celui des vivants,
Le livre t'ouvre ses immenses ailes au firmament!
Il t'invite au voyage,
De port en port,
De page en plage,
De plage en page,
De ville en village,
De visages en paysages
Et ne te laisse jamais livré à ton triste sort!
Il a tellement de secrets à te confier, avant ta mort,
Qu'il te rendra, pour l'accepter, bien plus fort!
C'est dans l'océan de ses mots
Qu'il te convie à renouveler ta peau,
A surmonter tes peines et tes maux,
A alléger tous tes fardeaux!
Dense, le livre te fait frémir,
Danser, pleurer et rire.
De l'Homme, il te révèle le meilleur, tout comme le pire,
Ce qui l'égaie et ce qui le fait souffrir!
Si tu veux, tout cela, découvrir,
Je te conseille, ami(e), de lire!

© Mokhtar El Amraoui in « Le souffle des ressacs"

mercredi 15 novembre 2017

LE CHANT DE MON OUD

Tableau de South Hall Joseph Edward
Sauras-tu écouter,
Sur le fil tendu éperdu des heures,
Mon oud fêlé, qui pour toi,
S’habille de mille feux d’oiseaux d’oueds ?
Je te viens, de bien loin, te dire, de mon levant
En courbes, le sang fatigué,
Pourtant, tant enchanté de mon attente,
De mon inextinguible soif
Qui boit à la Seine de tes courbes assoiffées
Et aux galbes dressés de tes seins parfumés
Par tant de désir retenu, détenu
Qui veut exploser et tuer ces inutiles morts lentes !
Pourquoi ne suis-tu pas les pas de nos pas qui nous dansent ?
Ecoute, donc, tout ce bois, toutes ces cordes,
Qui en nous, qui par nous, qui pour nous
Se font chair,
Se font voix,
De nos chairs,
De nos voix,
Voix de nos chairs,
Chairs de nos voix
Et renaissent à leur quintessence,
Sans peines ni souffrances,
De fontaine t’attendant, en stances
Se tendant, s’étendant
En oud, en ses pleurs fous d’incompris, en ses fleurs
S’offrant aux feux de tes lèvres,
A la chaude rosée printanière de tes seins qui ont soif,
Roucoulant à quatre mains tous ces jasmins en éclairs
Si lactés convolant en justes notes égarées
Puis retrouvées en fugues mineures, en fugues majeures égayées
Loin de toute frayeur, reniant les blêmes torpeurs,
En volutes fulminant de cris d’aimer tapageurs
De gémir, de soupirs, de complaintes et de bonheur
Dits dans nos couleurs d’après silences et douleurs,
En fusions enivrées de danseurs !
Ecoute-le, mon oud, prendre en ailes
Tes furtifs sourires d’apeurée
Pour les faire planer
Sur les plus hautes cimes des extases éclatées !
Ris-toi, mais ris-toi, donc, de ces cendres
Qui veulent étouffer les chaudes braises
De ton corps qui brûle dans cette geôle
Qui assassine ta liberté et ses radieux envols !
Ecoute-le, mon oud, mon cœur,
Te chanter en odes, toi qui l’as charmé :
« Ceins tes seins des lauriers de tes trophées
Qui méritent leur chemin de volupté,
Pour laisser fleurir, à jamais, l’or
De ce splendide bonheur,
Le sublime droit d’aimer ! »
© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"
 
 

dimanche 12 novembre 2017

Rencontre

Simafra Prosperi


Je te rencontrerai,
A l’heure où les gosiers ailés
Boivent dans le roulis lunaire,
Quand les cils enflammés
Retournent au port,
Hissant fièrement
Le pavillon de leurs veines.
Je t’attendrai,
Dans les bras perdus de mon ivresse
Qui danse,
Le cou lourd
Des colliers de jasmin nocturne !
Je te reconnaîtrai, sans peine !
Tu auras le même grain sur le front.
J’y cueillerai des brassées de chaudes perles
Aux arômes souriants !
J’en sertirai ce tapis de corail
Mon coeur
Que ton impatience d’hirondelle,
En le volant,
A brûlé !
© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ailes"

mercredi 8 novembre 2017

Tes yeux de rose

 d'après René Magritte
(trouvé sur le Net)


Je t’ai sculptée comme un matin de silex, 
Dans les paumes sans étoiles de mes nuits !
Je t’ai clamée comme un doux chant fleuri 
Offert si beau à la joie de nos oiseaux
Qui reviennent nicher, là-haut en choeur,
Au creux de nos coeurs
Pour rechanter l’heure
Heureuse de leur premier envol.
Je m’immolerai au feu de leurs rêves,
Aux cieux de leurs plumages éblouis
Par les rayons de tes lunes endormies,
Pour te danser ton éclosion de reine
Ivre du miel de tes timides silences
Aux yeux de roses qui embaument
D’azurs et de fièvres aux chemins étourdis !

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

vendredi 3 novembre 2017

Endormi dans le poème

Au grand poète tunisien Houcine Kahouaji
                                                                       16 novembre 1959- 3 octobre 2017

Portrait réalisé par Abdellatif Romdhani
Il s'en alla sans se retourner,
Avec la radieuse cendre
Des feuilles de ses souvenirs
Et la fumée de la rose
Qu'elle lui avait offerte
Inondée du parfum de ses sourires,
Le matin de son dernier soupir.
Il s'en alla sans flûte
Ni guitare ni luth,
Sans gémir.
Il avait pour compagnons
Le léger silence de ses pas,
L'herbe et le ciel croissant dans ses bras
Noyant ses ombres
Et tous les invincibles chants
De ses invisibles oiseaux
Qui dansaient sur ses musiques.
Il s'envola, bercé
Tout doucement,
Tout lentement,
Tout tendrement
Par le vent,
Endormi dans le poème
De son éternel rire !
© Mokhtar El Amraoui, Le 3 novembre 2017

La symphonie errante

Dessin rupestre à Tadrart 


Je cherche mes rallonges telluriques,
Mes incommensurables sphères
Dans les dilatations de l’exil,
L’ombre ivre de ma soif
Dans la sècheresse de l’arôme somnambule.
Je cherche mes imprécations
Creusant les sillons du retour
Contre les serres des vautours,
Ton ombre aux aguets
De cet éveil cinglant
Erection du soleil
A la symphonie errante du dromadaire !
Je cherche le râle éclaté
De mes vertèbres lyres en délire,
S’étouffant de leurs notes déportées,
Mes soupirs tonnant de bleus fuyants
Dans l’inatteignable voyage
De ce papillon qui s’éreinte
En poursuites trébuchantes,
Au-delà de ses rêves brisés !
Je rêve de comètes,
D’astres flamboyants,
De méduses lunes
Ouvertures transparentes
Des inextinguibles profondeurs !
Je rêve, muet,
Dans la soif de tes pas,
Sur les sables du voyage
Auquel je t’invite vers les prairies rouges
Et leurs feux bleus !
Ô muse de mon départ !
Astre scintillant
Sur les lèvres ouvertes des vagues !
Il n’y a plus de toits !
Pluie d’encens rouge
Sur tes seins embaumés
Dans le linceul de l’extase des rencontres crépusculaires !
Viens de mes reviens fatigués !
Je te prêterai les ailes immaculées
De mes Icare exilés.
Je te montrerai
L’axe de l’impact pluriel,
L’agonie du cogito carnivore,
Ce manteau d’erreurs spectrales !
Viens !
Accroche-toi aux tiges sans amarres
De cette forêt éclatée !
Reviens de mes viens
Qui valsent dans l’aube
Des intraduisibles fermentations !
Nous écrirons la grandeur du menu moineau
Echeveau des sens triangulés !
Cet azur qui nous appelle
Nous retrace dans nos fibres de nouveau-nés !
Reviens
Au commun des immortelles mésanges assoiffées.
Je te composerai,
Sur le clavier des escaliers,
Une symphonie qui te mènera
Jusqu’à mon perchoir d’exilé !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mercredi 1 novembre 2017

Co-errance


Co-errance vers nulle part,
Loin des extases ensevelies.
Avec pour théorie
Cette mèche de barde épileptique
Qui se mure,
Dans les miroirs gris de l’absence.
Ma théorie
C’est tes seins, aquagenèse du râle debout.
Ma théorie
La rencontre de nos absences,
Dans les cerceaux enflammés
De nos rites de mésanges.
Ma théorie
C’est ta pratique
Dans tes printemps de coquelicot.
Je bouge mes glacis, mes ténèbres
Et tue mes ombres pendues
Dans les caveaux de leurs pendules imbéciles !
Ma théorie
C’est ta pratique,
Quand tu recouvres tes aspérités
De rose et d’ouragan,
C’est tes cheveux bourrés d’astres
Jusqu’à l’étouffement,
Jusqu’à l’accouchement.
C’est tes prairies galopantes,
C’est ta soif qui s’allume,
Réverbères ivres
Dans les rues de ma perte,
Dispersions,
Hémorragies
Dans l’extériorité de tes aspérités oméga,
Enfants redessinant les tapis de leurs vengeances,
Symphonie du délire montant,
Syllabes de comètes échevelées,
Errance de bardes,
Co-errance d’Achiqs* aux mèches crépusculaires.
*Amoureux, en arabe



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 31 octobre 2017

Ailes de fantômes

Agnès Courrault


Comment encore la dire, elle,
L’absente lettre
Où dansent les lèvres
Des mots suspendus
A tes yeux sonores ?
Ils culbutent ma transe.

Un silex, oui, de déroute,
C’est-à-dire de retrouvailles !
Je n’attendais de toi
Que cette main tendue
Regardée en nos éveils !
Ton hier, quand tu étais vêtue d’étoiles vertes.
Tes yeux me rêvaient, dans mon silence,
Comme des feuilles de citronnier
L’or d’un ciel visage
Te disant sur le rivage d’autres quais.
Cri de précipices !

Tu rends hommage à l’hirondelle
Qui t’a poinçonné le sein en masques d’adieux.

Prendre juste un mot
Puis descendre, avec, dans le puits
De chaque lettre et venir
A l’ombre de ses fugues,
Tes fulgurances !
Les sourires de ton regard,
Quand tu m’aimes, mort bleue !
Comme le rire de cette impossibilité,
Note-distance calculée en caresses,
Chaussée de souvenirs
Et ailes de fantômes !


© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»


samedi 28 octobre 2017

J'écris

Tableau de Paul Abbott
 
 
J'écris avec le râle de ma valise
Remplie d'algues et de corail.
J’écris avec l’encre de mon ombre,
Affiche de mes nuits.
J’écris une langue comète
Aux rides assoiffées.
J’écris les nymphes
Caressant mes pieds d’étranger,
La spirale verte
De ma titubante amnésie.
J’écris avec les baves de l’éclair,
Cette déchirure du texte sans étoiles,
L’envol mousseux du triangle,
Le rat aux griffes de chat
Qui interroge les égouts,
Ruisseaux coulant des masques
De nos morts inavouées,
Peaux froides de cadavres froissés
Comme ces paquets de frileuses raisons
Que tu inocules à ton enfant, en toutes saisons
Comme ces chimères que tu caresses
Dans tes ronflements de cube tamisé,
Quand tes oreilles de cire
Fondent dans la cire noire
Des phonos de la peur,
Perte d’extension,
Tubes aux arômes de plastique
Puant dans la crème
De ce four ébouriffé
Où tu éjacules ta peur cravatée !
J’écris avec ce rat qui mâche des étoiles
Et téléphone aux muses
Avec ce croissant-gondole !
J’écris avec ses numéros épileptiques,
Ecumes rouges
Léchant la flamme du bateau
Qui ne reviendra plus !
J’écris, sans ancre,
Avec ma valise qui vole
Comme cette symphonie nerveuse des mouettes !
Poisson d’eau douce,
Sirote ta mort !
Le rat et moi,
Nous peignons,
Sur les écailles jaunes du trottoir,
Des transes d’éclairs
Trop chauds pour les gorges des fourmis !
Dors, mort inavouée !
Le rat et moi,
On a bu le poème !
 
 
 
© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"
Tableau de Paul Abbott

mercredi 25 octobre 2017

Hommage au lit




Le lit est plus qu’un poème. 
C’est un recueil où l’on cueille 
Tant de rêves, tant de sève 
Où, enfin, l’on se recueille 
Pour se dire que l’on s’aime! 
C’est un transport de trêve 
Où tous les printemps se sèment, 
Bien loin des vindictes des glaives! 
Après des heures de débats houleux, 
C’est la houle des ébats amoureux! 
C’est le haut lieu, le pieu de la prise de pied 
Des plus jeunes aux plus vieux! 
Il s’ouvre en cieux radieux et pluvieux; 
Il n’est jamais ennuyeux! 
On y vit et voit toutes les saisons. 
S’y marient raison et déraison! 
C’est le vrai trône dans toutes les maisons!
© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»
Illustration du net

samedi 21 octobre 2017

A Rimbaud

A Rimbaud
né le 20 octobre 1854 à Charleville et mort le 10 novembre 1891 à Marseille




Arthur,
Blanc Abyssinien,
Tes voyelles étouffant de lumière,
Embrasent ma solitude
Et éclairent ma tristesse
Qui râle sous le poids muet des mots inutiles.
Tu m’offris la couleur
Et rendis aux étoiles leur sève juvénile.
Inchoative ivresse
Créant l’univers
De mystères,
De questions nues.
Tu me reviens, ramage de baobab,
En transes de cithare,
Sur les flots scintillants de l’Oued Joumine !
Arthur,
Jeune âme
Mordant les éclairs de l’impossible !



© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

jeudi 19 octobre 2017

EVANESCENCES TROUBLES

Photo de Nicolas Roemmelt

Astres de nos rêves,
Témoins de nos souvenirs
Et vacillantes présences !
A l’orée des chemins de nos hésitations,
Nous reniez-vous,
Dans nos ultimes rencontres ?
Nous les croyions larges,
Ces étroits passages
Aux grilles à crocs !
Ils nous ont toujours enserrés,
Comme cette fange des rigoles
Laissant crouler
Nos heures de visages,
Lentes processions
De morts effluves
Et mornes regrets,
Vers nos frétillantes nuits de doutes
Assoiffées de clameurs célestes
Et d’arbres berceurs,
Aujourd’hui décapités !
Astres de nos rêves,
Où nous emportez-vous ?

© Mokhtar El Amraoui in "Le souffle des ressacs"
 

vendredi 13 octobre 2017

MOUETTE, MA MOUETTE!



-Si je te donnais un pinceau, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je peindrais, avec, un grand soleil radieux
Et des arcs-en-ciel sur tous les cieux !
-Si je te donnais un crayon, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’écrirais, avec, des chansons pour les enfants,
Je dessinerais, sur les mâts des bateaux,
Les cimes des montagnes, là-haut,
Et sur les pages des voiles,
Les pas fleuris du printemps avançant,
Avec ses myriades d’étoiles
Gazouillant, à saute-moutons, au firmament !
-Et si je te donnais une gomme, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-J’effacerais, avec, les larmes, le sang
Et tous les malheurs
Assombrissant les coeurs
Qui rêvent de bonheur
Sans peur ni soumission !
-Et si je te donnais ce poème, ma mouette,
Qu’en ferais-tu ?
-Je l’avalerais comme un poisson !


© Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"

mardi 10 octobre 2017

ABOU EL KACEM CHEBBI, AUGUSTE SÉRAPHIN!

LE POÈTE TUNISIEN ABOU EL KACEM CHEBBI
( 24 février 1909 - 9 octobre 1934 )


Tu savais les cris
Des souffrances,
En leurs chemins de nuit,
Chants infinis
De cieux avançant
Sang mûr,
Feux sûrs,
Pures roses
De poings flambant
De mots d’aubes roses
Déchirant tout sombre,
Tout injuste silence morose !
Tu savais les étoiles
Dansant en verbes,
En gerbes de foudres
Grondant de vérités écloses !
Tu les leur disais,
Abou El Kacem !
Tu les leur chantais, Chebbi,
Tous ces perfides cracheurs
Ensevelis dans la peur
De leurs lâches oui grégaires
De si lourds et bas larbins
Bien plus proches
De roches qu’humains,
Ne sachant que brouter,
Roter, ramper,
Crotter, lapider !
Ils ne te furent que vil venin
Usant jusqu’à poussière
Leurs serviles genoux
Marchepieds de colonisés fanés
Osant te traiter de fou
Toi qui tutoyais
Les forges du destin !
Mais tu te riais,
Quand eux criaient,
De leur fange
Et boue de gredins !
Toutes ces hordes d’assassins
Voulaient offrir en festin
Le génie de tes tonnants parchemins
A toutes les couronnes
Puantes, pétantes,
Amputantes
De royaux boyaux
Soumis loyaux
A leurs maîtres ès caniveaux
Putrides intestins
Explosant de faux sans âmes,
En faux vociférant de lames,
Rien qu’une lie d’infâmes
Fous et de mesquins
Croyant pouvoir éteindre
Les tonitruantes flammes
D’un peuple qui parvint à étreindre,
Sans peur ni larmes, son destin !
Mais toi, Abou El Kacem,
Fils d’indomptables aigles Chebbi,
Ami des fières palmes,
Compagnon de rêves
Des merveilleuses gazelles ailées,
Tu sus,
En sublime auguste séraphin,
Dire le soleil des aigles qui luit,
Au creux ensanglantés des cris
Qui voulaient, à tout prix,
Abolir, pour toujours,
Tout joug, toute nuit !
Tu pus gravir, épris,
Les cimes lumineuses
Enceintes de merveilleux
Nouveaux matins
Explosant en majestueuses
Douces et furieuses
Mélodies, tes indomptables chants de vie
A jamais acclamés,
A jamais déclamés,
Par le destin !


© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"