dimanche 9 décembre 2018

BELVÉDÈRE!



au BELVÉDÈRE et à ses ami(e)s, pour un climat sain! 

Eveils chlorophylliens
D’ombres chantant en plumes
Ce que de jours tu écris
Ce que d’amour tu cries
En nectar, en souffle
Et ce qu’en sang tu dis,
Belvédère
A la sève dansante,
Effluves de racines en chants,
Ascension d’ailes,
Bénédictions circulaires
De lumière en feuilles
Seuils d’errances, 
Libres transes,
Terre céleste !
Fête de faîtes en toits d’eau sans deuil !
Ciel terrestre enfoui, 
Au creux des cimes
De ton cœur si généreux !
Tu nous habilles 
De ton écorce rêveuse
Que d’ingrats crocs rêvent d’éteindre !
Mais il y aura toujours,
Belvédère,
Les bras de tes amis pour t’étreindre !

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs »
Photo du Belvédère de Tunis




vendredi 7 décembre 2018

SOLEIL FARCEUR


La lumière a brouté le brouillon
De ses rayons !
L’herbe s’est vite transformée en barbelés
Et les moutons, comme à leur habitude, en nuages !
Le soleil apprend à jouer
A la pétanque avec la lune,
Sur les airs d’un vieux piano à queue vermoulu.
Il ne cesse de bâiller d’ennui !
Il shoote, alors, les autres planètes et astres,
Pour se moquer des prévisions des astrologues !


© Mokhtar El Amraoui in " Le souffle des ressacs"

Illustration du Net
Musique « Beautiful Piano Music »


mardi 4 décembre 2018

LE POÈTE REVIENT TOUJOURS !

à la mémoire du poète Younes Zemni

Les dards de Chronos
Ne peuvent tuer le poète
Qui, de toutes ses ailes-feuilles,
Brille illuminant les pages
Du firmament des ans,
Sur les rivages des rencontres,
Sculptant de nouvelles fleurs
Les horizons-calligraphes
D’autres voyages,
En radieuses vagues,
Ecrivant incessamment d’amour
Les éternels jours des départs et retours,
Sur les dansantes barques des rêves
Où se rejoignent, inoubliables,
Les chants renouvelés des troubadours !

© Mokhtar El Amraoui


Le 4/12/2018

mercredi 28 novembre 2018

MA RUE

  



à Nahalia, la rue  où je suis né , dans la ville de Mateur, en Tunisie

La rue où j’habite pose, déjà, toute nue.
Elle n’a pas à se déshabiller pour les peintres.
Ses maigres trottoirs sont des claviers
Sur lesquels, la nuit, sans pavés, se rencontrent
Le rêve et son ombre la solitude.
Elle porte, dans ses flancs faméliques,
La rouille verte des réverbères myopes
Et le ballet scintillant des phalènes mystiques.
Ma rue est une très vieille chanson
Qui descend, comme la caresse de l’ archet,
Sur les cordes mouillées d’un violon.
C’est un bateau qui danse, drossé,
Sur les décombres des étoiles rouillées.
Elle s’agrippe, comme le noir oubli,
Aux ailes repliées des chauves-souris.
Ma rue c’est les rayons bleus
Que dessinent les miaulements plaintifs des chats
Qui grelottent, rêvant de caresses et de feu
Sur les sofas soyeux des pachas,
Loin de la faim et de la vindicte des rats.
Ma rue est un grain dans le chapelet des jours
Offerts à la trame des ombres qui courent
Jusqu’au tout proche cimetière, tour à tour

 © Mokhtar El Amraoui in "Arpèges sur les ailes de mes ans"




dimanche 11 novembre 2018

Mokhtar El Amraoui lisant son poème ARBRE!






ARBRE !

Tu es toujours là où se confondent
En verticalité sonore,
En horizontalité ailée, ton or
Et l’air donné à la feuille de vie nécessaire, 
Extension vitale pour les pas de nos envols, 
Fraîcheur de tapis déployée en arcs d’accueils 
Où médite l’oiseau 
En ses retours stellaires de danses 
Pour que l’eau puisse encore germer, 
Dans ses silences multicolores, 
Au parfum de nos rencontres. 
Arbre ! Tu nous offres toujours 
Le sang de tes souvenirs 
Et tes nerfs dans les cieux de tes soupirs !

© Mokhtar El Amraoui in «Le souffle des ressacs»

Illustration du NET

lundi 15 octobre 2018

LES CRIS DE LA TERRE

Empoisonnée, ensanglantée, minée,
Emprisonnée, calcinée, meurtrie,
Tu implores, Terre, en criant
De toutes tes racines- veines,
De tous tes fleuves et rivières,
L’Homme-l’ingrat,
D’arrêter tous ses crimes,
De te laisser continuer
Les chants de tes épopées
Portés par tes échos,
Entre monts et vallées,
Entre labours et cimes,
Entre grottes et forêts !
Empoisonnée, ensanglantée, minée,
Pourtant, tu lui offres encore
Ton eau qu’il assassine,
Tes arbres qu’il élimine !
Pourtant, tu coules encore
Roucoules, ton corps asphyxié,
En tes chemins de fleurs,
En tes rires de mer, en tes aires,
En tes champs, en tes déserts, rêveuses dunes !
Pourtant, ses impitoyables gaz brûlent encore tes pleurs !
L’ingrat rend de ses dards d’acier et de haine
Ton voyage d’amour impossible !
Terre ravagée, tu es son lâche trophée, sa cible !
Il ne sait que te violer, t’estropier, te polluer,
Bourreau aux bras pestilentiels,
Aux flammes de fiel !
Pourtant, tu lui offres encore
Ton sang, tes fruits, ton miel,
Tout l’argent, tout l’or de ton généreux ciel !
© Mokhtar El Amraoui in "Nouveaux poèmes"
Musique de Myuu
Photographie du Net



lundi 1 octobre 2018

LA VIEILLE ET LE VIEUX ABANDONNES

Le 1er octobre 2018 : Journée internationale pour les personnes âgées.
Il ne faut pas les abandonner ni être ingrat envers elles !
LA VIEILLE ET LE VIEUX ABANDONNES
Tous quittent la vieille et le vieux :
Leurs enfants,
Leurs parents,
Leurs amis !
Personne ne les comprend plus,
Quand ils sourient !
Plus personne ne les prend
Au sérieux
Ni dans ses bras
Qui disent tout bas
« Bientôt, bon débarras, horribles vieillots !
Pourvu que ce soit le plus tôt ! »
On pense que c’est une grimace
De limace endolorie,
Quand ces deux malheureux rient !
S’ils appellent,
Pour aller aux nouvelles,
Le téléphone sonne
Mais pour seule réponse effroyable,
Ils reçoivent, interminable,
Le silence qui résonne !
Ça étonne tant d’impitoyables
Cyniques personnes !
Que ces lambeaux
Sans flambeaux
Se rappellent encore
Les noms et les numéros !
Tout quitte les deux misérables :
Leur force,
Leurs corps !
Les ports de leurs vieux rêves
Et les bateaux sans trêve
Larguent, narguent
De leurs hautaines sirènes
Ceux qui furent du foyer le roi et la reine
Les abandonnant tout frissonnants sans radeau
Sur les quais trembleurs des froids échos
Sous l’écrasant fardeau des ans et tant de peine
Mais pourquoi donc toute cette haine ?
Les avions, les voyages
Et les aéroports d’un autre âge,
D’avant leur naufrage,
Les quittent, leur tournant le cap
Pour d’autres altitudes,
Vers d’autres latitudes torrides,
Les laissant froids froissés sombrer
Dans la lourde fatigue qui sape
Et les interrogations hébétées
De leurs tristes rides !
Et la mort,
En prédateur des dernières heures,
Agitant ses cercueils et linceuls,
Les sachant seuls,
Les invite à franchir son seuil
Pour qu'elle les cueille
Et jette dans sa fosse à vers voraces
Comme des feuilles sèches et lasses!
Les lourds nuages attristés
Par tant d’ingratitude
Les regardant éplorés
Dans leur tragique solitude
Crachent leurs colère et mépris
Sur ces lâches traîtres maudits
Ces prétendus enfants, parents et amis
Qui cachent sous le miel
De leurs comédies
En d’horribles monstres sans cœurs
Leur joie et l’amer fiel
De leurs mesquineries
Face à tant de douleurs !
Inconsolables, les nuées
Offrent leurs incessants pleurs
A cette vieille et ce vieux dénués
Qui, désespérés, lentement se meurent.
©Mokhtar El Amraoui in «Nouveaux poèmes»

Le 1er octobre 2018
Journée internationale pour les personnes âgées

Musique de Tristan Lohengrin
Photographie du Net